Le génie du faux - La passion Vermeer
de Patrick Pesnot

critiqué par Septularisen, le 8 novembre 2017
(Luxembourg - 50 ans)


La note:  étoiles
DEVENIR VERMEER, OUI, VERMEER!
«Le Génie du faux», est la biographie romancée du peintre néerlandais Han Van MEEGEREN (de son vrai nom Henricus Antonius Van MEEGEREN 1889-1947), qui est considéré par certains comme le plus grand faussaire de tous les temps…

Né dans une famille très catholique le jeune Hans développa très tôt des dons inouïs pour la peinture, et voulut très vite en faire son métier. Mais son père n’acceptant pas ce qu’il considérait comme « un divertissement », il fut alors forcé d’étudier l’architecture. Hans réussit malgré tout une carrière de peintre, mais si un succès d’estime entoura ses portraits, il ne réussit jamais véritablement à percer. D’après lui la faute aux critiques d’art, qui ne connaissent et ne comprennent rien à la peinture et à la sienne en particulier…

Une idée folle lui vient alors à l’esprit. Afin de prouver ses dires sur les critiques, il va peindre un faux tableau de Johannes VERMMER (1632-1675), - peintre à qui il a toujours voué une admiration sans limites et dont il connait la technique de peinture par cœur -, et duper les critiques en leur faisant croire qu’il s’agit d’un vrai tableau du siècle d’or néerlandais.

Le jeune peintre va alors tour à tour devenir chimiste, et reconstituer les pigments de peinture de l’époque, mais aussi restaurateur et « gratter » des toiles de l’époque pour obtenir des craquelures authentiques. Puis cuisinier, puisque il va faire « cuire » les toiles peintes pour leur donner un aspect ancien. Il remplissait aussi les craquelures d'encre de chine pour imiter la poussière qui s'y était accumulée avec le temps et vernissait les bois… Mais le summum reste bien sûr sa technique de peinture, où il entre littéralement «en osmose» avec son illustre prédécesseur, jusqu’à s’identifier à lui, jusqu'à devenir VERMEER!

1937, après six ans de recherches et de travail, le faux tableau de VERMEER, peint par Van MEEGEREN « Le Christ à Emmaüs » allait-il réussir à tromper Abraham BREDIUS (1855-1946), considéré comme le plus grand spécialiste de VERMEER de l’époque ?..

Ce livre se lit facilement, l’écriture étant très facile et très accessible. Il ne faut pas de connaissances particulières dans le domaine de l’art, pour comprendre de quoi nous parle l’auteur, peut-être revoir une biographie de VERMEER de Deft pour comprendre de quels tableaux nous parle l’auteur.
Sinon, pour le reste, je dois dire que l’auteur nous restitue très bien « l’atmosphère » de l’époque, lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Ce qui explique sans doute comment Van MEEGEREN ait pu si facilement berner les plus grands spécialistes de l’époque. Car franchement, même moi, qui pourtant ne suis pas un expert en peinture, quand je regarde les toiles de Van MEEGEREN, j’ai du mal à y voir des vrais VERMEER ! Et puis 10 toiles du «maître de Deft» qui (re-)font mystérieusement «surface» en moins de 10 ans, qui pourrait vraiment croire à cela ?... Et pourtant…

Je trouve toutefois que l’auteur deviens parfois, disons… trop « complice », trop admiratif de celui qui n’est - au fond, au fond -, qu’un simple faussaire! De génie peut-être mais faussaire quand même ! J’ai aussi eu du mal à distinguer ce qui sont des éléments véridiques de la biographie du peintre néerlandais de ce qui n’était que de la simple invention de l’auteur. Car je crois quand même que l’auteur à beaucoup «brodé» - pour ajouter des pages à son livre? - autour de la vie de Van MEEGEREN.

Je dois dire que je termine toutefois le livre un peu frustré, - j’ai passé un bon moment de lecture-, mais je trouve qu’il n’a pas apporté de réponse à la principale question que je me suis moi-même posé. Hans Van MEEGEREN faussaire de génie ou simple faussaire qui avait juste besoin de (beaucoup) d’argent pour entretenir son train de vie ?