Les samedis sont au marché
de Thierry Radière, Virginie Dolle (Dessin)

critiqué par Débézed, le 8 novembre 2017
(Besançon - 70 ans)


La note:  étoiles
Jour de courses
Denis Montebello, le préfacier de ce recueil dévoile que le chaland qui fait son marché le samedi matin à Fontenay-le-Comte en notant dans sa mémoire le spectacle proposé par les marchands haranguant la foule derrière la palette chatoyante des fruits, légumes et autres marchandises entassés sur les étals, est bien celui qui a inscrit son nom sur la couverture de ce recueil : Thierry Radière, le poète, le nouvelliste, le spécialiste des textes courts, et de bien d’autres formes d’écrits. Denis Montebello informe qu’il est un presque voisin de Thierry Radière et que comme lui il sacrifie à la cérémonie du marché du samedi matin.

Chaque samedi Thierry se rend donc avec sa femme et sa fille au marché pour faire provision de produits cultivés dans la région, des produits bien frais, goûteux, aptes à satisfaire sa gourmandise sans prendre le risque d’altérer sa santé et celle des siens. Le marché avant de le voir on l’entend, on entend l’accordéon du musicien des rues qui se démène pour faire chanter son instrument en espérant récolter quelques pièces pour se nourrir. Cette musique et le sourire de l’accordéoniste mettent le chaland de bonne humeur et le prédispose à faire de belles emplettes. Joyeux et souriant, il l’est le brave musicien, le dessin de Virginie Dolle en atteste sans équivoque aucune. Une fois de plus l’éditeur a eu l’excellente idée d’associer un poète et un illustrateur, en l’occurrence une illustratrice, Virginie Dolle, pour présenter ce recueil.

Ainsi, Thierry pourra baguenauder tout au long des allées du marché, admirer les couleurs des fruits et légumes presque aussi chatoyantes que celles des dessins de sa fille, s’étonner devant les mimiques de certains commerçants apprécier la rondeur des œufs de canes. Il n’aura besoin d ‘aucune note pour se souvenir de ce qu’il a vu, Virginie a tout dessiné et même si c’est en noir et blanc Thierry saura écrire des mots en couleur pour accompagner ces dessins. Il saura même dire tout ce que ce marché lui inspire : les odeurs, les saveurs, les couleurs, les impressions, les émotions, les étonnements et les souvenirs qui remontent à la mémoire : la terre qu’il a quittée, la mère qui trimait dur, un bout de sa vie passé ailleurs dans une autre campagne.

Mais le marché ce n’est pas que la nécessité d’acheter les provisions pour la semaine à venir, c’est aussi l’occasion de rencontrer des amis et même parfois de faire un détour pour les visiter. Le marché c’est un petit monde qui s’ouvre une fois par semaine, pour quelques heures seulement, une bouffée de fraîcheur pour rompre la monotonie des jours qui se suivent et souvent se ressemblent. Mais attention au marché on n’y achète pas tout, on n’y vend pas tout, le poème illustré qui sera adressé à la grande sœur sera offert, la poésie ça ne se vend pas au marché, ça s’offre.

Un joli petit recueil de textes courts racontant le marché dans ses moindres détails sous la plume toujours aussi alerte, précise, sensible et empreinte de tendresse de Thierry Radière. Et aussi, un petit livre illustré avec beaucoup de talent et une pointe d‘humour par Virginie Dolle.