Les Paysans de Honoré de Balzac

Les Paysans de Honoré de Balzac

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Cyclo, le 8 novembre 2017 (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 71 ans)
La note : 10 étoiles
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un roman très noir

Décidément, pour les auteurs réalistes du XIXe siècle, de Balzac à Maupassant et Zola, le paysans sont dépeints d’une manière le plus souvent négative. Mais le summum, c’est ce roman de Balzac, "Les paysans", considéré cependant comme un des plus importants de la "Comédie humaine". Il y a longuement travaillé (dans sa dédicace, l'auteur affirme avoir « pendant huit ans, cent fois quitté, cent fois repris ce livre, le plus considérable de ceux que j'ai résolu d'écrire ») et dresse ici un sombre portrait de la campagne sous la Restauration, où la lutte des classes (petite paysannerie alliée à la bourgeoisie issue de la paysannerie contre l’aristocratie) se fait féroce.

Un ancien général d’Empire, d’origine roturière (les paysans le surnomment le "Tapissier"), le comte de Moncornet (noblesse d’Empire), a acheté en Bourgogne le château des Aigues et les terres environnantes, peu éloigné de la petite sous-préfecture de La Ville-aux-Fayes. Pour conforter sa récente noblesse, le général a épousé une descendante de l’ancienne aristocratie et rêve de devenir pair de France. Il souhaite faire de son domaine une terre bien gérée et il y règne autoritairement en engageant comme gardes forestiers d’anciens soldats de Napoléon pour l’aider à lutter contre les pratiques paysannes traditionnelles, notamment le vol du bois dans ses forêts, que l’ancienne propriétaire, une cantatrice célèbre, avait autorisé pour avoir la paix sociale.
Mais il se heurte à la ligue de tous ceux qui y perdent, non seulement les paysans pauvres, mais aussi les notables locaux, qui rêvent de le chasser pour s’emparer de ses terres. L’épreuve de force sera fatale au garde Michaud, assassiné sans qu’on puisse trouver ses meurtriers. Montcornet, brisé par ce meurtre, se sent menacé de mort et se résout à vendre son domaine. Ce dernier est vendu en petites parcelles, et le château détruit.

L’idée centrale est que la Révolution a libéré des forces incontrôlables et maléfiques pour la société, et au passage, il égratigne à plusieurs reprises Jean-Jacques Rousseau considéré comme le responsable : à la fin du livre, Émile Blondet, découvrant la déchéance du domaine des Aigues et de son parc devenu un refuge de miséreux, s'exclame : « Voilà le progrès ! C'est une page du "Contrat social" de Jean-Jacques ! ». Les paysans sont ici décrits non seulement comme frustes, ignorants, mais aussi brutaux, alcooliques, amoraux, et particulièrement haineux et rancuniers. C’est le Balzac conservateur qui domine ici (le livre scandalisa Michelet), et qui contraste avec la vision idéalisée du monde rural de George Sand.
Pour autant, il semble bien que Balzac ait été très bien renseigné sur les révoltes paysannes bourguignonnes sous la Monarchie de juillet, et qui culmina avec de nombreux assassinats de gardes forestiers. Le contraste est vertigineux entre la société aristocratique composée par la comtesse de Montcornet, son ami l’écrivain Blondet (qu’elle épousera en secondes noces), et l’abbé Brossette, qui voit son église complètement désertée, et la vie de château qu'ils mènent, et le tableau des cabarets, rendez-vous des paysans, tandis que, dans l’ombre, les notables locaux, souvent issus de la paysannerie, enrichis sous la Révolution, occupent les places qui leur permettent de jouer un rôle occulte : l’usurier Rigou et les maires des communes voisines Soudry et Gaubertin. Par le jeu des alliances matrimoniales, ces derniers sont liés au personnel de l'administration, de la justice, de la police et du commerce local. Contre de tels adversaires, dissimulés sous le masque de la respectabilité, Montcornet tentera vainement de lutter.
Roman vraisemblablement inachevé, bien que donnant l'illusion d'un roman complet, "Les paysans", qui aurait sans doute été le roman le plus long de Balzac, reste un monument. Et ceci, malgré le manque d’objectivité et les préjugés flagrants de l’auteur. Les différents milieux sociaux y sont décrits avec sa maestria habituelle, avec le souci du détail significatif et un sens de l’observation impitoyable. Donc, bien que peu séduisant en apparence (surtout pour ceux qui, comme moi, ont passé leur enfance à la campagne), ce roman suscite l'admiration et l'intérêt.

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