Sérum de Cyril Pedrosa (Scénario), Nicolas Gaignard (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Sci-fi & fantastique

Critiqué par Shelton, le 23 octobre 2017 (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 61 ans)
La note : 7 étoiles
Visites : 197 

Etrange, triste et sombre...

Nous sommes à Paris en 2050 et j’avoue que les premières planches de cette bande dessinée de Pedrosa et Gaignard ne sont pas simples à dépasser… On a un peu de mal à comprendre, à entrer dans l’histoire… Pourtant, au bout de ces planches, il y a bien une histoire de politique fiction et un personnage dont on a envie de découvrir l’histoire…

On comprend alors que le pays a quitté l’Europe, qu’une dictature s’est mise en place en France et qu’elle exerce de très grosses pressions sur la population. Pour s’assurer un avenir brillant, si on peut dire, le pouvoir a décidé d’utiliser un sérum de vérité. Quand on a eu une injection, quand on en a bu avec l’eau potable, on ne peut plus mentir, on dit la vérité, toujours la vérité, rien que la vérité… et la vie devient alors pour la victime de ce sérum, un enfer ! Attention, ce n’est pas l’éloge du mensonge mais cela montre bien la difficulté si on ne peut rien dissimuler… Papa, il est beau mon dessin… Non, il est moche comme tout !

Notre personnage central, Kader, ne dit que la vérité… A sa fille, bien sûr, mais aussi à son patron, à ses collègues, à la police…

Voilà pour ce que l’on peut dire de l’histoire sans casser la construction scénaristique. Ce monde pas si éloigné du notre est d’une tristesse absolue, d’une noirceur incroyable et la narration graphique est parfaitement réussie et va immerger le lecteur dans cet univers sans aucune précaution. Le scénariste pousse les choses très loin et les informations transmises au lecteur dans la première moitié de l’album sont peu nombreuses ce qui accentue la tristesse, le fatalisme, la victimisation de Kader…

Nicolas Gaignard signe là son premier album complet et avouons que pour une première on ne lui pas donné le plus simple à construire graphiquement. Le fait qu’il s’en sorte bien est plutôt signe d’un talent certain qui devrait se confirmer très prochainement avec d’autres histoires…

Pour ce qui est du scénario, j’avoue que je suis un peu dubitatif… Cyril Pedrosa a peut-être voulu trop en faire, aller trop vers une société de la manipulation et de la domination en manquant, qui sait, d’un peu d’originalité. On sent les références solides dont ; bien sûr, le fameux 1984 de George Orwell qu’il faut régulièrement relire… certains ont aussi pensé à la série bédé SOS Bonheur mais si les points communs peuvent exister le sentiment du lecteur que je suis est très différent car je trouve Sérum plus austère, plus triste, plus noir…

La seconde partie de la bande dessinée est beaucoup plus dense car elle va tenter de répondre à beaucoup de questions que le lecteur se pose, plutôt de façon efficace en laissant quelques zones d’ombre pour que nous puissions participer à l’élaboration finale de cette histoire… Et j’avoue que cet aspect m’a bien plu… Je n’aime pas quand on me mâche trop les choses, quand on m’enferme dans une histoire sans me demander mon avis…

Donc une bonne bande dessinée de science-fiction plutôt accessible aux adultes et qui présente un univers rude qui peut déplaire à certains…

Quant à nous, c’est le dessinateur que nous allons rencontrer au festival Quai des bulles, à Saint Malo, dans quelques jours… belle rencontre en perspective et j’ai hâte de savoir comment il a travaillé pour ne pas déprimer au fur et à mesure de ses dessins…

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