L'Autre Jeanne de Marie Larocque

L'Autre Jeanne de Marie Larocque

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 22 octobre 2017 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 75 ans)
La note : 7 étoiles
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L'Europe sur le pouce

Fuir sa famille pour mieux l’aimer. C’est le conseil que l’héroïne, Jeanne Fournier, aurait donné à André Gide. Après avoir vécu en centre d’accueil, elle écrit la vie qu’elle y a menée et expédie le manuscrit à un éditeur avant de quitter Montréal avec 159$ (100 €). Elle atterrit à Paris où domine un pylône aussi laid que ceux qu’installe Hydro Québec pour conduire l’électricité dans les chaumières. Comme le pont de Québec, il faudrait le poncer pour estomper les traces de rouille.

Le roman n’est pas un guide Michelin. Les déplacements sur le pouce (autostop) sont bien intégrés à la trame qui trace l’itinéraire d’une jeune femme en quête d’une réponse à son unique question. Qui est Jeanne Fournier ? Elle n’est pas la fille de personne. Mais comment va-t-elle s’inscrire dans le réseau filial ? C’est le dilemme de l’œuvre.

Pour aimer, il faut se connaître. Jeanne ne prolonge pas sa crise d’adolescence. À dix-huit, elle est encore une énigme à ses propres yeux. Les voyages forment la jeunesse. Pendant son tour d’Europe, elle a l’occasion de se donner un vernis qu’elle n’a pas. Mais le plus important, ce sont les rencontres d’inconnus qui la font monter à bord et la population avec qui elle partage des instants de vie fugaces. C’est téméraire d’entrer en relation sans calculer les risques encourus. Mais elle n’a peur de rien et balancent les porcs qui l’importunent, comme ce conducteur danois qui se rend en Bretagne pour livrer une cargaison de ses congénères. En fait, c’est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut : une entité et une identité.

Elle n’est ni dépressive ni pessimiste. C’est un rayon de soleil issu d’une famille biscornue. De la préférée des quatre filles de sa mère, c’est elle qui lui occasionne le plus d’inquiétude alors que le père est un adolescent irresponsable qui a quitté le toit familial et que le vieil oncle agit comme un maquignon qui jauge les fesses des garçons. Il reste Georgette, la sœur de sa mère, une femme au cœur d’or. L’éloignement lui fournit le recul nécessaire pour juger cette smala dépareillée. Loin des yeux, loin du cœur. Au contraire. À distance, les conflits familiaux perdent de leur force antinomique.

Deux pôles chapeautent la narration. Le lecteur voyage successivement de l’un à l’autre. Dans un premier temps, l’héroïne tient un journal des péripéties de sa journée, suivies par ce qui se passe au sein de sa famille en son absence. La technique donne une homogénéité au roman, écrit avec une plume vive voisine de l’oralité. Le plus important reste la tendresse larvée qui ne demande qu’à exploser. Mais certains semblent réticents à accueillir l’amour d’autrui. Malgré le sujet accablant, un vent de fraîcheur souffle entre les lignes.

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