Underground Railroad
de Colson Whitehead

critiqué par Frunny, le 15 octobre 2017
(PARIS - 53 ans)


La note:  étoiles
Un train pas comme les autres !
Colson Whitehead (1969- ) est un romancier américain.
Lauréat du prix Pulitzer de littérature 2017 et du National Book Award pour son roman, "The Underground Railroad".

XIX ième siècle, état de Géorgie, une plantation de coton dirigée par la famille Randall et exploitée par des esclaves noirs africains.
"Des corps volés qui travaillaient une terre volée.C'était une locomotive qui ne s'arrêtait jamais, dont la chaudière avide se nourrissait de sang."
Nous suivons Cora, une jeune esclave dont la mère -Mabel- est parvenue à s'évader, laissant tout derrière elle.
Mabel, seule esclave à être parvenue à échapper aux griffes du maître et des chasseurs.
Cette idée fixe ne quitte pas Cora qui -à son tour- tente sa chance, assistée par un réseau d'hommes et de femmes bien intentionnés, qui vont l'aider à rejoindre le Nord.
Un réseau qui a bâti des tunnels souterrains où circule le train de la liberté.

"Underground Railroad est un grand roman sur l'esclavage; fort, subtil, terrible et optimiste à a fois.
L'esclavage est le thème majeur mais c'est la nature humaine qui est plus largement dénoncée.
Celle des "progressistes et abolitionnistes" du Nord n'est pas épargnée.
Une oeuvre politique.
"Et l'Amérique est également une illusion, la plus grandiose de toutes. La race blanche croit, croit de tout son coeur, qu'elle a le droit de confisquer la terre.De tuer les Indiens. De faire la guerre. D'asservir ses frères. S'il y avait une justice en ce monde, cette nation ne devrait pas exister, car elle est fondée sur le meurtre, le vol et la cruauté. Et pourtant nous sommes là."

Une oeuvre forte portée par un discours pluriel et un style plaisant.
Seul regret; le personnage de Cora manque de relief, je ne m'y suis pas attaché plus que ça.
A lire néanmoins pour comprendre le socle sur lequel s'est bâti la société américaine moderne.
De larmes de sang ! 8 étoiles

Nous voilà plongés au XIXème siècle quelques années avant la guerre de sécession.
A travers les yeux de Cora, une jeune esclave en Géorgie, toutes les horreurs de l’esclavagisme nous sont dévoilées. Il n’y a pas de nom pour décrire la bestialité de l’acte de possession d’un autre humain. Quand le sadisme s’en mêle, on sombre alors dans la pire des bassesses. Que le monde est laid, qu’il est veule quand on lit ce livre. L’auteur va très loin dans sa description de la vie de ceux qui sont du mauvais côté du fouet.
Et puis il y a l’espoir… quelques âmes pures créent un réseau de chemin de fer clandestin pour permettre à des esclaves l’évasion . Historiquement ce réseau a bel et bien existé avec l’aide des quakers et l’on peut situer la datation du roman aux années 1850.
Le reproche que j’adresserai au travail de Colson Whitehead c’est de rester très vague sur le sujet. On devine des hommes justes, une vie cachée sous terre, un grand secret mais ça reste flou. Je pensais (avant vérification) que cette histoire de souterrains était une fiction. Autant l’auteur est convaincant dans sa description des plantations et de leurs codes, autant le vague subsiste sur le « réseau ».
Il n’en demeure pas moins qu’un Pulitzer ne s’obtient pas par hasard. Ce livre est un aveu. Bravo

Monocle - tournai - 58 ans - 22 mai 2018