La vengeance du pardon
de Éric-Emmanuel Schmitt

critiqué par Veneziano, le 4 octobre 2017
(Paris - 39 ans)


La note:  étoiles
Quatre nouvelles sur le pardon
Eric-Emmanuel Schmitt, comme dans Concerto à la mémoire d'un ange, nous livre une série de variations - énigmatiques - sur un même thème, ici le pardon, sur la force et les effets inattendus qu'il peut avoir. Dans la première, une femme jalouse sa soeur jumelle, cette dernière faisant tout pour l'apaiser et lui faciliter la vie, jusqu'au jour où son amour de jeunesse l'accuse d'avoir tué sa cadette rancunière, disparue au fond du puits du village. Dans la deuxième, un jeune ambitieux de province séduit par mépris une jeune handicapée mentale aux formes avantageuses, qui finit par attendre un enfant de lui, qui refuse d'avorter par la force de son amour. Il finit par reconnaître l'enfant, qui devient homme d'affaires comme lui, commet des exactions au sein de sa société et tombe gravement malade. La mère handicapée se sacrifie pour lui ... et le père aussi pour le sauver d'une autre manière. Dans la troisième, intitulée La Vengeance du pardon de manière éponyme, la mère de la victime d'un tueur en série vient rendre visite régulièrement à l'assassin, jusqu'au jour où ce dernier finit par changer étonnamment de comportement. Dans la quatrième et dernière, un vieil Allemand qui a vécu la Seconde guerre mondiale et a dû servir l'armée de son pays sous la dictature nazie loue un hangar à un groupe favorable à cette idéologie folle pour qu'ils entretiennent son avion de l'époque. Sa voisine de huit ans s'attendrit de sa nostalgie et de la tendresse qu'elle croit percevoir. Il doit avouer tout son passé à son fils, et le solde d'une manière très mélancolique qui ne manque pas de panache, sous forme d'hommage.
Le pardon fait pardon d'une morale salvatrice et s'avère porteur de conséquences fortes et bénéfiques. Toutes les circonstances semblent tourner au mieux quand elles sont placées sous son auspice, quand les intéressés s'avèrent aptes à en comprendre les raisons et les effets. Cette déclinaison de cette thèse est bien traitée, d'un style épuré mais efficace, comme pour marquer les récits du sceau de l'évidence. Le zeste de naïveté qui apparente les histoires tissés par ce philosophe conviennent bien à cette oeuvre qui fait du bien et m'a semblé sonner juste.