Le sang des dieux et des rois - Livre I
de Eleanor Herman

critiqué par Goupilpm, le 7 octobre 2017
(La Baronnie - 60 ans)


La note:  étoiles
Très bonne fantasy historique.
Entre Histoire et Imaginaire, ce premier tome de la saga Le Sang des Dieux et des Rois nous plonge dans une période historique moins récurrente en fantasy. Exit l'habituel univers médiéviste, le lecteur se retrouve plongé dans l'Antiquité aux côtés du jeune Alexandre, fils du roi Philippe de Macédoine, avant qu'il ne devienne le grand Conquérant que l'on connaît.

Avec pour toile de fond un contexte géopolitique instable, l'auteure refaçonne de manière captivante la grande Histoire pour nous faire découvrir les destins exceptionnels de six jeunes gens qui tentent de se faire une place dans la société quelque peu cruelle de l'époque. A leurs côté l'on découvrira également le destin de la reine de Macédoine, mère du prince Alexandre.

En y mêlant le quotidien qui les entoure, l'auteur, par touches successives, nous présente chacun des protagonistes. Et si dans les premiers chapitres les liens qui vont les unir ne semblent pas évidents pour le lecteur, au fil des chapitres les liens s'imbriquent de manière cohérente ? En même temps que les motivations de chacun s'éclaircissent l'univers prend de l'ampleur.

Si l'univers dans lequel évoluent les personnages est géographiquement et mythologiquement un peu connu des lecteurs, l'auteur axe principalement son histoire sur les éléments qu'elle introduit dans le monde qu'elle nous présente. En effet, les intrigues de cour, les sombres desseins qui se dessinent dans l'ombre après le départ du roi Philippe et de ses troupes, le peu d'importance accordé au jeune prince par les conseillers du roi pourtant désigné comme Régent, la place qu'occupent les Seigneurs Esartiens, prennent rapidement le devant du récit sur la guerre qui éclate entre la Macédoine et la Perse. Si au fil des chapitres l'auteur distille savamment ses informations, tout en gardant une part de mystère sur les intrigues de chacun des protagonistes, on peut regretter que l'Histoire ne serve que de toile de fond au récit un peu trop axé sur les petites histoires de chacun. L'on aurait aimé assister aux préparatifs des troupes, à leur départ, à leur progression en vue de la confrontation,... mais ce côté du récit qui sert un peu comme postulat de départ est totalement occulté. De surcroît, l'on peut regretter qu'il n'y ait pas été adjoint une carte de l'époque permettant d'avoir une vision globale des pays de l'époque, pour certains lecteurs les souvenirs scolaires sont lointains.

La magie est omniprésente dans le récit, intéressante dans sa formulation. Mais l'auteur nous gratifie au fil de l'histoire de rituels, d'ailleurs souvent avortés, et ce n'est que dans la dernière partie du récit qu'elle nous est pleinement révélée dans sa forme. Et là, force est de constater qu'elle se révèle plutôt classique en terme d'emploi.L'auteur nous a également alléché à plusieurs reprises avec les Dévoreurs d'Âmes et l'on se sent inévitablement un peu frustré de ne pas les avoir encore rencontrés.

Les combats sont visuellement assez bien réalisés pour que le lecteur puisse s'y sentir partie prenante. Mais toutefois, autant dans le Tournoi du Sang que dans la bataille qui se déroule à la fin de l'histoire, ils sont trop centrés sur le personnage d'Héphestion. Pour des combats impliquant pour l'un une vingtaine de concurrents et pour la bataille plusieurs centaines de belligérants, l'on eusse préféré avoir une vue d'ensemble, n'assistant pas aux combats du vainqueur dans le premier cas, et dans le deuxième cas n’assistant pas à la direction des troupes par le prince Alexandre.

Les personnages sont intéressants dans l'ensemble, qu'ils soient de premier plan ou de second plan, et si l'on ne s' attache pas de suite, au fil de leur développement on commence à ressentir une certaine empathie pour certains d'entre eux au fur et à mesure que se développe leur psychologie. Hormis le fait qu'elle soit fiancée à Alexandre, l'on a plus de mal avec la princesse Perse Zofia, d'une part parce qu'elle évolue en marge du récit principal et d'autre part parce qu'on la découvre au départ par le biais d'une romance engagée avec l'un de ses soldats. Pourquoi faut-il toujours que les femmes en fantasy doivent-elles se sentir obligées de mettre de la romance dans des récits qui se voudraient plus épiques ? Les personnages secondaires manquent toutefois de profondeur, mais ils devraient se révéler certainement plus intéressants par la suite l'on n'est que dans le tome introductif.

Les descriptions sont bien dosées, pas trop longues mais suffisamment pour que le lecteur puisse s'immerger pleinement dans le récit. Le style plutôt fluide de l'auteur et l'alternance des points de vue rendent la dynamique de lecture excellent, il y a toujours des événements qui permettent de ne pas avoir l'impression de longueurs comme c'est généralement le cas dans le premier tome d'une saga.

Au final, malgré quelques petites imperfections d'un point de vue purement masculin, ce premier tome nous offre un récit de très bonne facture qui nous incite à poursuivre l'aventure . L'on espère toutefois que la part d'historique soit plus présente dans les tomes ultérieurs.