Les GAFAM contre l'internet - une économie politique du numérique
de Nikos Smyrnaios

critiqué par Colen8, le 26 septembre 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Dérives légales
Une fois de plus les menaces de la Toile et du numérique en général sont mises en avant, tout en sachant qu’il n’y a guère moyen de les dissiper dans le contexte du capitalisme financier actuel. Ce retour précis, daté, documenté sur la genèse de l’internet étalée sur une cinquantaine d’années permet de comprendre comment se sont créés ces géants identifiés par l’acronyme GAFAM, comment ils ont si bien réussi à séduire des milliards d’internautes et à capter ainsi une part inimaginable de la richesse mondiale, comment une si forte croissance en si peu de temps leur a permis d’asseoir leur domination. Il y a eu convergence de plusieurs facteurs dont aucun à lui seul ne leur aurait permis d’y parvenir : la technologie américaine financée par le complexe militaro-industriel, la politique de dérégulation sans frontière sous la pression des partisans là-encore américains du néolibéralisme, la concentration des startups de la Silicon Valley favorisant la créativité des jeunes entrepreneurs, l’irruption des bailleurs de fonds et la pression des actionnaires pour maximiser les profits. A ses débuts internet faisait partie des biens publics accessibles à tous. L’ouverture à l’initiative privée des premiers services a déclenché une marchandisation grandissante renforcée par le pouvoir de la publicité toujours prête à investir ces nouvelles opportunités juteuses. Il en a découlé ces pratiques légales sans souci d’éthique : les optimisations fiscales et sociales, la précarisation des emplois par le recours accru à des indépendants ou free-lance, les fabrications délocalisées des produits très technologiques vers les pays à bas salaires en se réservant la valeur ajoutée de la conception et du marketing. A l’arrivée on assiste à la montée de l’oligopole GAFAM et de quelques autres qui trouvent mille et une astuces pour échapper à l’autorité des Etats et faire échec aux tentatives de réglementations. L’UE commence à s’en inquiéter.