Histoire des idées économiques - Tome 2 : De Walras aux contemporains
de Jean Boncoeur, Hervé Thouément

critiqué par Colen8, le 24 septembre 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Bon à savoir, sous toutes réserves
Au tournant des deux siècles précédents le français Léon Walras est considéré comme le père de la théorie néoclassique – on évoque à son sujet la révolution marginaliste – et le premier à avoir introduit l’économétrie au sein de la discipline économique. Ces mêmes débats sur l’avenir du capitalisme, la nécessité ou non d’une régulation étatique voire supranationale alimentent l’actualité depuis l’entre-deux-guerres. La période qui a suivi la grande dépression de 1929 ayant mis à mal le laisser-faire propre au libéralisme, déjà partiellement ébranlé par la révolution bolchevique et son modèle de planification, a vu s’affronter deux écoles : les tenants d’un entrepreneuriat individuel fort porté par Joseph Schumpeter – le concept de la « destruction créatrice » lui revient – ou Friedrich Von Hayek, et ceux d’une intervention étatique en faveur du soutien de la demande et de réduction des inégalités sociales théorisée par le britannique John M. Keynes. Celle-ci inspirera l’Etat-Providence européen de l’après-guerre jusqu’à la fin des Trente Glorieuses, période exceptionnelle de l’histoire économique car la seule à avoir échappé aux crises récurrentes réapparues depuis le milieu des années 1970 lors des chocs pétroliers successifs. C’est alors que Milton Friedman, suivi de Paul Samuelson défendent le néolibéralisme contre l’intervention étatique qui inspirera les politiques anglo-saxonnes de Reagan aux Etats-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne(1).
Conçu pour les étudiants ce manuel édité une première fois en 1998, mis à jour dans cette réédition est avant tout didactique. Les autres lecteurs y trouveront le rappel des notions fondamentales sous une forme assez technique sans devenir experts pour autant. Les débats et controverses des penseurs de l’économie sont évoquée avec d’une part des extraits de leurs publications, d’autre part des encadrés repères rappelant selon un format simplifié les théories successives. Au fur et à mesure des travaux de la quarantaine d’économistes nombreux à avoir été couronnés du prix Nobel dont les contributions sont analysées, le modèle initial walrasien statique devient plus sophistiqué. Les équations différentielles traduisant l’équilibre général offre/demande incluent plus de variables notamment épargne et investissement, mécanisme de formation des prix, utilité de la monnaie, rentabilité du capital, externalités, le tout sur des durées plus longues. La prise en compte des politiques publiques ouvre un volet macroéconomique en parallèle de la microéconomie centrée sur les comportements individuels. Gestion des ressources naturelles, développement durable, protection de l’environnement, actions contre le changement climatique ouvrent de nouveaux champs à la recherche en raison de leur impact négatif sur la croissance(2). La panoplie des outils s’enrichit avec la programmation linéaire, la topologie, les matrices de Leontief servant de base à la comptabilité publique traduites en France par les « tableaux d’entrées-sorties » (TES).
(1) Des contempteurs des récentes écoles de pensée ne manquent pas d’en dénoncer les failles au vu de la très longue crise de ces dernières années.
(2) Estimé entre 0,9 et 3 points de PIB par an, en moyenne 1,8 points