Ces jours qui disparaissent
de Timothé Le Boucher

critiqué par Shelton, le 23 septembre 2017
(Chalon-sur-Saône - 61 ans)


La note:  étoiles
Sacré roman graphique !!!
Ce roman graphique – vous pouvez continuer à dire aussi bande dessinée car c’en est une – est une grande surprise de cette rentrée littéraire en bande dessinée. C’est un livre perturbant, questionnant, magique, fascinant, philosophique… et, reconnaissons que c’est bien agréable !

Par contre, le critique est bien en difficulté pour le classer dans une petite boite : fantastique, médical, psychologique, humain, divers… Oui, mais comme je suis plus chroniqueur que critique je ne vais pas m’embarrasser pour vous parler de ce livre et nous allons le faire en toute simplicité…

Quand j’ai commencé à le lire, le me suis dit que cela ressemblait à une sorte de conte poétique et que tout allait redevenir normal très vite… Certes, notre personnage, Lubin, semble avoir des absences… mais tout allait rentrer dans l’ordre et avec sa copine Gabrielle, ils vivraient heureux leur amour tandis que le spectacle de cirque serait apprécié par un très large public… Oui, j’ai oublié de vous dire que Lubin était acrobate circassien !

Seulement, voilà, le phénomène inexplicable se prolonge dangereusement. Un jour sur deux Lubin n’est pas lui-même… Est-il habité par un autre, est-ce un trouble de la personnalité… On hésite entre une bonne histoire fantastique et un trouble profond de la personnalité… Il n’y a pas que le lecteur qui doute, tout l’entourage se met à regarder Lubin bizarrement. Après tout, il dupe peut-être son monde pour avoir une double vie…

J’ai même eu un doute… Peut-être que cette manipulation – mais qui manipule qui – serait une escroquerie, une action frauduleuse pour s’emparer d’une personne, d’une entreprise, d’une richesse… Tellement complexe, que deux fois je me suis arrêté dans ma lecture pour reprendre mon souffle et tenter de faire un petit point…

Et c’est alors que la mécanique semble se détraquer, ce n’est plus un jour sur deux que Lubin perd le contrôle de lui-même mais beaucoup plus à tel point que l’on se demande qui perd le contrôle, lui ou son « autre » ? Tous les amis, la famille et son amoureuse – qui n’est plus Gabrielle – s’y perdent et ont peur…

Et notre roman graphique continue avec encore quelques surprises car ne croyez surtout pas que je vous offre là un résumé de la bande dessinée. En fait, plus l’album se déroule et plus mon avis change, évolue… Ce n’est peut-être pas du tout du fantastique, il s’agit probablement d’un conte sur la vie humaine… Lubin c’est moi, c’est toi, c’est nous…

Se pose alors, la question de la vie, de l’existence, de la réalité, de l’altérité, de la personnalité, de l’amour… On plonge à très grande vitesse au cœur de l’humanité, des liens entre les hommes, la valeur du travail, de l’argent, des loisirs… puis, il y a le souvenir, la mémoire, la tendresse, le lien entre parents et enfants…

Je ne souhaite pas en dire beaucoup plus – certains penseront que j’en ai trop dit – mais cette lecture fut un coup, un choc, une surprise… On ne sort pas indemne de Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher, auteur que je ne connais absolument pas mais que j’espère pouvoir interviewer un de ces jours…