Emploi: Le Royaume-Uni, Un Modèle Pour La France ?
de Nathalie Droal

critiqué par Emilien Halard, le 20 septembre 2017
( - 32 ans)


La note:  étoiles
LA FISCALITE BRITANNIQUE AU SERVICE DE L’EMPLOI
Chercheuse à l’IRDEME, Nathalie DROAL explore les politiques économiques qui ont permis la progression de l’emploi au Royaume-Uni.

La comparaison entre la France et le Royaume-Uni est d’autant plus intéressante que ces 2 pays ont à peu près autant d’habitants, ainsi qu’un PIB proche.

L’auteur part de plusieurs constants détonants :
- 25 000 entreprises avec au moins 1 salarié sont créées chaque année en France contre 300 000 au Royaume-Uni.
- Il y a 2 fois plus de « gazelles », c’est-à-dire de jeunes entreprises à forte croissance au Royaume-Uni qu’en France ;
- Il y a 2 fois plus d’ETI (entreprises de taille intermédiaire, entre 250 et 5000 salariés) au Royaume-Uni qu’en France ;
- Il y 3 fois plus de grandes entreprises (plus de 5000 salariés) au Royaume-Uni qu’en France.

Tous ces chiffres font ressortir la forte dynamique de l’économie britannique par rapport à celle de la France.

LA VALLEE DE LA MORT DU FINANCEMENT DES ENTREPRISE FRANCAISES

Une des causes du faible dynamisme français est développée par l’auteur de façon particulièrement intéressante : les entreprises françaises manquent de financement lors d’une phase cruciale de leur développement.

En effet, au tout début de leur développement, les entreprises bénéficient en général d’investissements effectués par des personnes proches des entrepreneurs. C’est ce qu’on appelle la « love money ».

Mais il est rare que ces investissements dépassent la centaine de milliers d’euros. Or, il est également rare que les fonds financiers effectuent des investissements pour des montants inférieurs à 1 million d’euros par entreprise.

Il en résulte une absence de solution pour les entreprises ayant besoin de financements supérieurs à 100 000 euros et inférieurs à 1 million d’euros.

On appelle ce délicat passage entre la « love money » et les fonds financiers la « vallée de la mort » du financement.

CIBLER LES CREDITS D’IMPÔT

En France, comme au Royaume-Uni, les pouvoirs publics ont tenté de remédier à cette carence de financement en accordant des crédits d’impôts aux investissements réalisés dans les PME.

Les cibles de ces crédits d’impôt sont les « business angels », c’est-à-dire des petits chefs d’entreprise suffisamment riches pour investir plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros dans une start up, tout en faisant bénéficier cette start up de leurs conseils et de leur expérience.

Mais, l’ouvrage de Nathalie DROAL met clairement en lumière que les crédits d’impôts britanniques sont bien mieux adaptés que leurs équivalents français.

D’une part, ces crédits d’impôts britanniques sont plus restrictifs, de manière à ne financer que les entreprises se trouvant dans la « vallée de la mort » (exclusion des investissements dans des entreprises avec lesquelles l’investisseur a des liens personnels trop forts – car il s’agit alors de « love money » ; exclusion de certains secteurs dépourvus de risques).

D’autre part, ces crédits d’impôts britanniques sont plus avantageux pour ceux qui en bénéficient, et peuvent porter sur des montants plus importants. Le plafond d’investissement est ainsi d’1 million de livres pour le crédit d’impôt britannique contre 100 000 euros pour les crédits d’impôts français.

Il reste à espérer que nos hommes politiques lisent cette étude et mettent également la fiscalité française au service de la création d’emplois !