Taqawan de Eric Plamondon

Taqawan de Eric Plamondon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 18 septembre 2017 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 75 ans)
La note : 7 étoiles
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La Culture amérindienne

Pour les autochtones, le taqawan est un saumon qui revient au bercail après avoir passé en mer une bonne partie de sa vie. En l'occurrence, il emprunte la rivière Restigouche coulant à la frontière du Québec et du Nouveau-Brunswick pour aller s'y reproduire. En enjambant la rivière par le pont Van Horne, on se retrouve dans une réserve amérindienne qui se nourrit, en autres, de la chair de cet anadrome. C'est la fête dans la tribu depuis la nuit des temps quand il remonte le cours d'eau qui l'a vu naître. L'attirail de pêche est à point.

Mais le bonheur n'arrive jamais seul. Le taqawan tire dans son sillon la force constabulaire qui vient vérifier le nombre de prises, la légalité des agrès, etc. On met tout en œuvre pour enquiquiner la plus vieille nation du pays. On procède autrement avec les pêcheurs de plaisance qui récoltent 800 tonnes de saumons contre 600 pour les Amérindiens. Deux poids, deux mesures. Si les blancs ont survécu en Nouvelle-France, c'est grâce à eux qui leur ont montré comment se nourrir pour affronter le froid, capturer les animaux dont la fourrure enrichissait la France, voire les défendre contre les attaques ennemies. La reconnaissance ne fait pas partie de la culture canadienne et québécoise. Pour les remercier, on a tout fait pour les annihiler. Encore aujourd'hui, on les traite comme des sous-produits de l'humanité. Né voisin d'une réserve indienne, je connais bien le sentiment de supériorité de la population blanche.

L'injustice est flagrante, mais invisible aux yeux de ceux qui appartiennent au camp du plus fort. Ce fut particulièrement vrai le 21 juin 1981 quand un contingentement de policiers se présenta dans la réserve des Micmacs à Ristigouche, un village de la Gaspésie sis au bout du monde que la tribu appelle Gaspeg. Ce débarquement est l'élément déclencheur de la trame narrative. Au nom du respect de la loi, les corps de police exercent une autorité qui dépasse leur mandat. Il n'est pas surprenant de voir les Amérindiens fuir devant cette force armée. Heureusement, les îles de la baie des Chaleurs se dressent assez nombreuses devant leur village. Il reste qu'on l'investit sans ménagement. Et les jeunes adolescentes sont particulièrement vulnérables en leur présence. On profite de la situation pour les violer impunément. Le cas n'est pas rare. Il se produit régulièrement, même aujourd'hui à Val-d'Or au dernier décomptage des viols commis par des agents de la Sûreté du Québec.

C'est par ce personnage de jeune femme de 15 ans que l'on devient témoin de la brutalité policière. Cette violence gratuite à l'égard des Amérindiens est légendaire. Quand on calcule que les peuples ne sont pas égaux aux yeux de tous, on pourchasse ceux que l'on juge comme peu fréquentables. Contrairement à ce que l'on voit dans le monde, ce sont les migrants (les blancs) qui imposent leur culture aux habitants de souche. Le fait engendre une perte d'identité chez les premières nations du Canada. Seule une fierté retrouvée garantit une survie viable en terre boréale. Le dénouement le laisse croire quand sa jeune héroïne devient avocate.

Voilà la donne autour de laquelle se tisse le tableau de la situation des Amérindiens vue à travers celle des Micmacs. L'auteur établit la culture sur laquelle reposent leurs us et coutumes. Habitudes de vie que condamne le blanc tout-puissant. Il faut résister à cette sentence au nom de ce que l'on est. Le pays, c'est celui des origines, origines amérindiennes qui se sont glissées dans le sang de presque tous les Canadiens. Le Canada n'a pas été bâti seulement par des Européens. Éric Plamondon insiste énormément sur cet aspect. Son roman ressemble à un cours 101 (d'initiation) sur l'américanité autochtone auquel il a intégré l'antithèse qui la menace. Ce qui fut et ce qui est ne font pas bon ménage. Il le démontre clairement, mais les événements contemporains s'accrochent plus ou moins avec bonheur à la synthèse qu'il a voulu faire. L'œuvre n'esquisse pas suffisamment les situations vécues par les personnages. Rapidement, elle retourne à des considérations d'ordre général. Heureusement, les rebondissements apparentés aux enquêtes policières sont plutôt efficaces. Mais il reste que l'informatif l'emporte sur l'art romanesque.

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