Dictionnaire amoureux de la vie
de Nicole Le Douarin

critiqué par Colen8, le 9 septembre 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Inépuisable trésor recélant encore bien des secrets
La Vie prise ici au sens biologique des manifestations du vivant est exprimée par une chercheuse à la brillante carrière(1). De la première cellule apparue il y a 3,8 milliards d’années à aujourd’hui le chemin parcouru montre une stupéfiante robustesse, une fabuleuse inventivité, et surtout l’unité fondamentale du vivant pour le moins inattendue. A maintes reprises les extinctions massives(2) auront été l’occasion d’un renouvellement encore plus riche et plus complexe d’un phénomène encore loin d’avoir livré tous ses mystères. Les entrées de ce dictionnaire amoureux(3) sont souvent de vrais chapitres de synthèse accessibles à tous, écrits dans un langage simple et pédagogique malgré la complexité des sujets évoqués.
Les entrées thématiques éclairent des avancées scientifiques relatives à la génétique, à la biologie du développement ou embryologie. Longtemps méconnue la crête neurale de l’embryon appelée à disparaître assez tôt, dissémine ses cellules durant la genèse des fonctions nerveuses et sensitives. Sans elle, pas de vertébrés, ni de cerveau par conséquent pas de Sapiens non plus. Parmi ces entrées il y a celles qui décrivent les immunités, innée, acquise, leur puissance pouvant aller jusqu’à se retourner contre le « soi » dans des maladies auto-immunes délétères, celles qui confirment le rôle surprenant du microbiote(4) dans l’apparition de maladies dégénératives et métaboliques. Enfin il y a celles qui depuis le séquençage des génomes remettent dans leur contexte les sujets à controverse, la thérapie génique, les cellules souches embryonnaires ou induites, le clonage non reproductif, la manipulation des cellules germinales.
Les entrées biographiques rendent hommage à quelques pionniers de la recherche souvent nobélisés, à leurs idées révolutionnaires allant à l’encontre des théories en vigueur avant d’être communément reconnues. Y figurent notamment Louis Pasteur pour ses travaux en microbiologie généralisés ensuite à la vaccination, Claude Bernard initiateur de la physiologie expérimentale, Charles Darwin auteur de la théorie de l’évolution avec modification, Rosalind Franklin avec l’apport de laquelle Crick et Watson ont découvert la structure en double hélice de l’ADN, Barbara McClintock à qui l’on doit la démonstration des gènes sauteurs (transposons), François Jacob pour ses résultats exceptionnels allant des gènes de bactéries à la biologie du développement, Etienne Wolff « patron » de Nicole Le Douarin à ses débuts dans la recherche.
Une des définitions de la vie repose sur trois conditions : se nourrir, se développer, se reproduire ou mieux encore procréer. La mort n’en est pas l’opposé. Dès la formation de l’embryon apparait la nécessité d’autodestruction de certaines cellules, ce qu’on appelle l’apoptose. A l’inverse les cellules germinales qui se transmettent dans les générations successives peuvent être considérées comme immortelles, de même que les cellules cancéreuses dès lors qu’on arrive à les cultiver indéfiniment. Loin de vouloir transgresser les règles morales ni les injonctions religieuses la recherche poursuit un but avant tout médical. L’immunologie dans l’identification et l’élimination des agents pathogènes, virus, bactéries, champignons, prions, plus tard la médecine réparatrice avec les greffes d’organes, ces progrès qui se sont largement imposés depuis 150 ans préparent un tout nouveau chapitre, celui de la médecine régénérative.
(1) Biographie de l’auteure sous le lien : http://college-de-france.fr/site/…
(2) Responsables de la disparition cumulée de 99,99% des espèces, grâce auxquelles s’observe la biodiversité actuelle
(3) Une quarantaine d’entrées thématiques, une vingtaine d’entrées biographiques
(4) Le microbiote désigne les bactéries colonisant l’intestin dont le nombre (100 000 milliards) dépasse le nombre de cellules du corps humain. L’ensemble des bactéries commensales hébergées par un organisme vivant constitue le microbiome.