Les années bienheureuses du châtiment
de Fleur Jaeggy

critiqué par Septularisen, le 6 septembre 2017
(Luxembourg - 50 ans)


La note:  étoiles
LES ANNÉES COLLÈGE
Au début de l’histoire nous sommes dans un collège privé pour jeunes filles à Teufen sur le bord du lac Bodensee, dans l’Appenzell en Suisse Alémanique. La narratrice qui est aussi l’héroïne principale de cette histoire vit depuis de nombreuses années dans ce collège. Peu assidue aux études, elle mène une vie monotone entre les cours, la jeune fille allemande qui partage sa chambre et de longues promenades solitaires au lever du soleil. Elle supporte avec nonchalance la rigueur, les contraintes et le conformisme de l’enseignement de Mme. Hofstetter, la directrice du pensionnat.

Arrive un jour une nouvelle pensionnaire qui fascine l’héroïne de l’histoire et va bouleverser ses habitudes. Celle-ci se nomme Frédérique elle est plus âgée qu’elle et réside dans le «bâtiment des grandes». Solitaire, mystérieuse, lointaine, et surtout d’une beauté et d’une perfection absolue. Parfaite à tout point de vue. Tant dans les études, où elle devient très vite la meilleure élève du collège, que dans la vie extra-scolaire où elle se distingue par sa tenue toujours impeccable et son habileté au piano.

La narratrice qui peu à peu tombera platoniquement amoureuse d’elle, tente par tous les moyens de s’en rapprocher et de devenir son amie. Les deux collégiennes se retrouvent parfois dans la chambre de Frédérique et parfois pour des promenades, mais n’arrivent jamais à communiquer vraiment, si ce n’est à échanger quelques banalités.

Mais, voici qu’au cours de l’année, arrive au collège une nouvelle élève, Micheline. Belle, jeune, extravertie, rayonnante, souriante, magnifique, toujours gaie… En un mot, l’opposé en exacte de Frédérique. Elle devient très vite l’amie de la narratrice et peu à peu détourne celle-ci de la passion qu’elle avait pour Frédérique...

«Les années bienheureuses du châtiment» (1989) est le quatrième roman de Fleur JAEGGY, (*1940) née à Zurich, elle vit à Milan et écrit en Italien. C’est un livre très court (un peu plus qu’une centaine de pages), qui se lit en quelques heures. C’est un roman d’apprentissage, de découverte, d’une profondeur psychologique impressionnante.
Probablement en partie autobiographique, écrit dans un style tout en nervosité, en aspérité et en petites phrases très courtes. Style qui n’est pas sans rappeler l’écriture de la française Nina BOURAOUI. Toutefois, si je devais parler de l’ambiance « aigre-douce » et cruelle, toujours «bordeline», qui règne dans le livre, c’est alors plutôt à sa compatriote Agota KRISTOF que je la comparerais.

En conclusion, je dirais que Fleur JAEGGY est certainement un auteur bien trop méconnu surtout eu égard à son immense talent et qu’il faut donc, sans hésiter, découvrir d’urgence!...

Rappelons que « Les années bienheureuses du châtiment » a obtenu le prix Bagutta en 1990. Fleur JAEGGY a également obtenu en Italie les prix Moravia en 1994 et Viareggio en 2002 ainsi que le Prix Littéraire Giuseppe Tomasi di Lampeduse en 2015, Son nom a déjà été proposé à de nombreuses reprises pour le Prix Nobel de Littérature.