Mariage contre nature
de Yukiko Motoya

critiqué par Débézed, le 6 septembre 2017
(Besançon - 70 ans)


La note:  étoiles
Quand l'amour fleurit
J’ai déjà lu l’an dernier un autre roman de Yukiko Motoya « Comment apprendre à s’aimer » qui évoquait les difficultés relationnelles apparaissant au fil du temps entre les époux ou les amis, il semblait conclure qu’il suffirait peut-être que soyons tous un peu plus tolérants pour que les frictions et autres contrariétés cessent de polluer notre vie. Et, dans ce présent roman, elle reprend le thème de la relation entre époux comme pour pénétrer plus à fond dans leur union, ce qui l’a constitue et surtout ce qui la perturbe et l’altère.

San une jeune femme n’aimant pas beaucoup son travail est heureuse de le quitter quand elle épouse un homme qui gagne suffisamment d’argent pour lui permettre de rester à la maison où elle se plait bien. Mais un beau jour elle découvre qu’elle ressemble de plus en plus à son mari et que celui-ci vieillit, ses traits s’avachissent, sa silhouette se tasse. « Les pensées de l’autre, ses goûts, ses paroles, ses actes supplantaient peu à peu les miens à mon insu et quand je m’apercevais que je me comportais comme si j’avais toujours été ainsi, cela me paniquait ». Son mari est plutôt grossier, peu attentif à sa femme, pas plus affectueux, c’est un rustre avec lequel elle n’arrive même pas à échanger sur leur avenir commun. Elle n’a de contacts qu’avec sa voisine plus âgée qui est fort attachée à son chat dont il faut absolument qu’elle se sépare.

San assiste la voisine dans sa séparation et réfléchit à sa situation, son mari prend de plus en plus sa place à la maison, elle doit prendre l’initiative pour reconquérir son territoire. « J’avais toujours laissé les hommes se repaître de moi », elle veut changer cet état de fait. Yukiko Motoya a trouvé une fin surprenante, poétique, fantastique, à cette histoire d’amour diluée dans le flot de la vie quotidienne. On reste ensemble parce que c’est plus pratique, plus confortable… mais la vie perd son goût, ses émois, ses émotions…

Comme son précédent roman celui-ci est tout aussi léger, délicat, fin, les choses graves se diluent dans une fantaisie poétique tout à fait charmante même si celle-ci masque mal les difficultés du couple à constituer la famille solide et pérenne dont semble rêver San et peut-être de nombreux jeunes japonais qui subissent peut-être plus leur vie plus qu’ils ne la vivent.