L'Homme des vallées perdues
de Jack Schaefer

critiqué par Ludmilla, le 5 septembre 2017
(Chaville - 62 ans)


La note:  étoiles
Une lecture sous tension
« Il arriva dans notre vallée au cours de l’été de 1889. J’étais alors tout gamin […]. Juché sur la barrière de notre modeste corral, je me prélassais au soleil de cette fin d’après-midi quand je l’aperçus qui chevauchait dans le lointain […] »

1889, la période des affrontements entre les éleveurs et les fermiers dans l’Ouest américain.
Bob, le narrateur, est le jeune fils de Joe et Marian Starrett, des fermiers concessionnaires, dans une vallée éloignée : « Le marshal le plus proche se trouvait à une bonne centaine de miles. Nous n’avions même pas de shérif en ville. […] Quoique en pleine expansion, [la ville] n’était guère encore qu’un modeste établissement en bord de route.».
Fletcher, le grand éleveur, veut chasser les fermiers.

Shane, le cavalier solitaire, qui ne s’est arrêté dans la ferme que pour demander de l’eau, restera l’été pour aider Joe.
« Avec les beaux jours, s’acheva aussi dans notre vallée une période de calme et de paix. Fletcher était rentré […] En ville, il disait à qui voulait l’entendre qu’il aurait de nouveau l’usage de toute la prairie et que les fermiers allaient devoir plier bagage. »

Un fabuleux western, une histoire d’amour, un roman d’apprentissage,…
Une lecture qui n’a duré que quelques jours, mais que je n’oublierai pas.
L'Autre Homme... 10 étoiles

Il est clair qu’une fois la lecture terminée on sait qu’elle restera en nous à jamais...

On est suspendu à l’histoire dès le début, l’atmosphère particulière, due à cette belle écriture simple et intense, imprégnera le roman jusqu’au bout.
Et pourtant, il s’agit de gens simples, de vie simple, le fermier et sa famille dans l’ouest américain (sans les indiens) image bucolique tout en étant la démonstration de labeur et courage dans un univers naturel de toute beauté et un autre de tous les dangers.

Ce que j’ai aimé, surtout au début, car je le redoutais, c’est l’absence de manichéisme entre bons et méchants. Les fermiers ne sont pas tous des anges et les éleveurs pas forcément les méchants. Chacun cherche sa place dans cet ouest (volé aux indiens mais ça c’est une autre affaire...) où tout est à faire..
Luke Fletcher est convaincu de son bon droit ayant occupé le premier les grands espaces pour ses troupeaux ; ce n'est pas un tueur, mais il croit qu'avec l'argent il peut tout acheter, même la vie et les espoirs de fermiers venus chercher une vie meilleure. C'est ce sentiment de liberté et d’impunité dans ces espaces laissés à disposition sans règles précises et surveillance des lois qui fera que tout va changer. Et lorsque l'argent ne peut rien, il est fait appel au tueur...

Bob, l’enfant qui raconte donne le ton, celui de la découverte de situations qui vont s’enchaîner dans une sorte d’incompréhension en ce qui le concerne car n’ayant pas encore connu la violence et l’injustice.
Il est rêveur Bob, il pense que l’homme est bon et, dans la simplicité de sa vie, il va découvrir l’Autre Homme ; découverte chargée de mystère et de craintes et qui incarnera à lui seul l’admiration, l’amitié, avec la sensation que tout ne restera pas simple et qu’il faudra un sauveur...

L’Autre Homme, Shane ! La nature humaine à lui tout seul, qui réprime sa force et sa violence pour trouver une autre voie, celle qu’il n’a pu avoir au départ ; et qui va être submergé par l’amitié et l’amour au point de croire un instant en la possibilité d’une rédemption.
Mais «Quand on a tué, Bob, on ne peut revenir en arrière. Qu’on ait été dans son droit ou dans son tort, on reste marqué à jamais.»
Ici pas de notion de vengeance, la violence est une contrainte à laquelle on n'a pu échapper même si on la hait de toutes ses forces ; paradoxe malheureux, c'est par amitié et amour que Shane y aura de nouveau recours. La leçon pour Bob étant de ne pas y goûter pour essayer de devenir un homme loyal et bon. Et Bob n'oubliera jamais Shane...

Utopique oui, mais c’est beau, vrai, profond, tout en subtilité dans les sentiments.

Pieronnelle - un petit hameau quelque part - 69 ans - 18 septembre 2017


Grand classique du western. 10 étoiles

Jack Schaefer (1907- 1991) est un auteur de romans et nouvelles western malheureusement trop peu traduit chez nous. A ma connaissance, seul cet excellent "L'homme des vallées perdues" est traduit en Français.
Ce roman de Jack Schaefer a fait l'objet de deux adaptations au cinéma. En 1953, "Shane" (en français L'homme des vallées perdues) de George Stevens, avec Alan Ladd, Van Heflin et Jack Palance. En 1985, "Pale Rider" de et avec Clint Eastwood.
La version de 1953 est fidèle au roman, celle de Eastwood est une très libre interprétation.
Il existe aussi une série télé américaine en 17 épisodes intitulée "Shane" (1966). Shane y est interprété par David Carradine.
Pour les amateurs de bédé, le méchant Phil Defer (Lucky Luke) a été inspiré à Morris par le personnage incarné par Jack Palance dans Shane.

Pour les amateurs de Westerns, je vous conseille la superbe collection dirigée par Bertrand Tavernier chez Actes Sud - L'Ouest, le vrai.

Patman - - 55 ans - 6 septembre 2017