Ce qu'ils disent vraiment - Les politiques pris aux mots
de Cécile Alduy

critiqué par Colen8, le 29 août 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Le pouvoir par les mots
Préparé en vue de l’élection présidentielle 2017 ce travail sur la sémantique des candidats mérite d’être lu à quelques réserves près. L’explication de texte s’apprend à l’école. Rien de nouveau donc sur le principe qui a guidé cette analyse linguistique pointue prévue pour éclairer les débats à priori. Ici, un large corpus des écrits, discours, blogs et interviews de « grands » candidats entre le 1er janvier 2014 et le 31 août 2016 est passé au crible de logiciels dont sont extraits de multiples comptages, graphiques, tableaux comparatifs de fréquence sur le vocabulaire utilisé. Il est complété par les sondages d'opinion et une abondante bibliographie. Première malchance, il a perdu une partie de son utilité opérationnelle dès lors qu’Emmanuel Macron a annoncé sa candidature(1). Seconde malchance, les candidats étudiés sont pour certains passés à la trappe de l’élection et/ou de la vie politique depuis lors ou peuvent y tomber rapidement à leur tour… Gageons qu’il y aura des mises à jour correspondant à la nouvelle donne politique.
A défaut de servir dans l’actualité, on retiendra les faiblesses et les failles décelées chez les éliminés d’un scrutin(2) qui n’en a pas fini de surprendre les analystes, politologues, communicants et autres spécialistes des médias, tout autant que le corps électoral et même l’opinion internationale. Les réponses apportées méritent de figurer parmi les références sur cet inépuisable sujet du sens des mots en politique dans la perspective d’une élection nationale. La dédiabolisation du FN voulue par sa présidente ne serait-elle qu’un ravalement de façade, l’exclusion du patriarche fondateur une mise en scène savamment orchestrée ? Les ambiguïtés du candidat de la France Insoumise apparaissent clairement à plusieurs niveaux : l’intellectuel marxisant follement érudit, l’écrivain prolixe au registre lexical le plus large de tous, le pouvoir de fascination du tribun qui prône la révolution dans la légalité républicaine et annonce son retrait dès lors qu’une Assemblée Constituante aura été élue. Ces deux partis antisystème qui se rapprochent en fustigeant tant l’Europe que la mondialisation en divergent profondément dans le sens qu’ils mettent à leur même opposition.
Il y a une complexité certaine dans l’interprétation de mots identiques mais avec, volontairement ou non, des connotations différentes selon les locuteurs comme selon les cibles visées, auxquels s’ajoutent la saturation de l’information en continu, le brouillage des réseaux sociaux, les contre-propositions des concurrents. Tous les thèmes classés par ordre de priorités par les électorats ne sont pas abordés. Il est aussi surprenant d’avoir eu peu de propositions sur la transition numérique, sur la transition énergétique, sur l’écologie, sur l’économie de la mer qui représentent de vrais atouts de croissance, que de se focaliser sur l’intégration qui selon les enquêtes sociologiques s’opère plus naturellement qu’on veut nous le faire croire.
(1) Novembre 2016, alors qu’il ne figurait pas parmi les « short-listés » de la période considérée et que la création de son mouvement « En marche ! » remontait à avril 2016
(2) Le président sortant, son prédécesseur, trois anciens premiers ministres, quelques autres ministres