La vie secrète des arbres
de Peter Wohlleben

critiqué par CC.RIDER, le 28 août 2017
( - 60 ans)


La note:  étoiles
La forêt est une communauté
Contrairement à ce que d’aucun pourrait croire, les arbres ne sont pas des êtres presque inanimés proches des minéraux, de simples fournisseurs de bois et accessoirement d’ombre et de fraîcheur en été. Ils sont capables de communiquer par leurs racines, de s’entraider en ravitaillant en nutriments un congénère en difficulté. Ils savent également se défendre contre les prédateurs en changeant la composition de leur feuillage de manière à le rendre non comestible. Les chênes sont capables de gérer leur production de glands pour mieux assurer leur succession. Quant aux séquoias de nos régions ou de nos parcs, s’ils n’arrivent pas à devenir aussi imposants que ceux d’Amérique, c’est tout simplement parce qu’ils ont été plantés en solitaires et donc qu’ils n’ont plus le soutien du groupe. La forêt est un grand être vivant où les arbres vivent en communautés et en symbiose avec les champignons, les micro-organismes, les insectes et tous les autres animaux.
« La vie secrète des arbres » est un essai absolument passionnant basé sur les recherches d’un forestier allemand responsable d’une forêt bavaroise qu’il s’efforce de gérer comme une forêt primaire c’est-à-dire avec le minimum d’intervention humaine pour lui permettre de garder toute sa richesse et toutes ses caractéristiques naturelles. Cet ouvrage permet de découvrir un nombre incalculable de choses insoupçonnées. Quand il se promènera en forêt, le lecteur ne regardera plus jamais les arbres de la même façon. Le style est fluide et agréable. L’intérêt est soutenu du début à la fin. Laquelle se présente sous forme d’un plaidoyer en faveur de la forêt primaire auquel il est difficile de ne pas souscrire après tout ce qui vient d’être aussi magistralement exposé. Un livre essentiel pour qui veut comprendre la réalité écologique du milieu forestier.
et si les arbres parlaient… 10 étoiles

La vulgarisation est un art difficile. Comment faire passer la connaissance scientifique, bardée de concepts et de mots savants, dans le langage courant ? Peter Wohlleben, fort de son expérience personnelle de forestier allemand, de sa curiosité insatiable et de ses nombreuses lectures, a réussi son pari. Il met à la portée de tout lecteur, un tant soit peu curieux de nature, les connaissances les plus actuelles concernant les arbres de nos forêts, de nos parcs, de nos avenues. Le végétal, que l’on croyait, jusqu’à une période très récente, dépourvu de sensations et de communication sensorielle, s’avère un être capable d’un comportement social, au même titre que nombre d’animaux et, bien entendu, les humains. À l’aide de nombreux exemples concrets, les notions les plus complexes sont abordées, abondamment illustrées, non pas à l’aide de schémas, à la véracité souvent discutable, mais de photographies (de toute beauté) montrant l’arbre tel que l’œil du promeneur est capable de le percevoir. Hêtres aux mille couleurs, ombre et lumière des sous-bois, parures hivernales de neige et de glace, illustrent le propos, axé sur les mille et une façons qu’a l‘arbre de s’adapter aux contraintes du milieu, à la lutte incessante contre les maladies, les tempêtes, la concurrence des autres espèces voire de ses propres congénères. Un propos volontairement empreint de que l’on appelle en termes savants l’anthropomorphisme, cette façon de prêter à des êtres vivants des sentiments humains dans un souci de pédagogie. J’ai particulièrement apprécié cette image forte, lorsque l’auteur dit "Les arbres urbains sont les enfants des rues de la forêt", montrant ainsi que l’absence d’apprentissage et de liens sociaux acquis au sein de l’écosystème forestier fragilise ces individus voués à une mort précoce dans un environnement hostile. Le message que veut nous délivrer cet auteur, au-delà de la poésie des mots et des images, est un message profondément naturaliste, aux antipodes de la pensée utilitariste qui prévaut, aujourd’hui plus que jamais, dans la façon de gérer nos forêts. Un profond respect de la nature qui ne plaira pas à tout le monde, à contre-courant d’une écologie centrée sur l’homme et ses besoins (illustrée par le fameux adage "préserver les générations futures"), mais doit nous faire réfléchir avant que nature meure…

Jfp - Yerres (Essonne) - 70 ans - 15 avril 2018


Si jamais vous devez gérer une forêt... 6 étoiles

Wohlleben signifie en allemand... bien vivre !
Peter Wohlleben nous raconte donc comment bien gérer une forêt, en illustrant les histoires de sa forêt de l'Eiffel à la lueur des dernière découvertes scientifiques sur les échanges chimiques par voie aérienne ou racinaire entre arbres de la même espèce, sur les mécanismes de symbioses entre les arbres et les champignons souterrains, sur les mécanismes de collaboration et compétition entre plantes. L'exercice de vulgarisation scientifique se fait avec un mélange plus ou moins heureux de tentative poétique, de réflexion écolo-philosophique, d'antropomorphisme...
C'est instructif et parfois un peu rasoir, à peu près comme Le Charme discret de l'intestin (pour tout savoir sur ce qui se passe quand vous allez aux toilettes), à croire que ce genre de vulgarisation est la nouvelle mode outre Rhin

Romur - Viroflay - 44 ans - 29 août 2017