La Société du mystère
de Dominique Fernandez

critiqué par Elko, le 27 août 2017
(Niort - 41 ans)


La note:  étoiles
La face cachée de la lune
La découverte par le narrateur des mémoires (fictives) de Bronzino, peintre officiel de Cosme Ier, nous plonge dans la Florence de la Renaissance tardive. Ces mémoires nous emmènent à la rencontre de ses maîtres, l’hermétique Pontormo ou encore l’indomptable Cellini, mais aussi de ses compagnons avec qui il forme la queue de comète de la Renaissance : Alessandro Allori, Fiorentino Rosso, Pierino de Vinci et autre Filippo Mazzola. L’occasion de nous immerger dans le processus créatif de ces artistes qui ont bousculé et renouvelé les codes, de faire revivre leurs œuvres innovantes, d’assister aux arcanes des commandes entre aspirations esthétiques et contraintes dogmatiques, de comprendre les relations complexes entre artistes et commanditaires qu’ils soient puissants ou religieux. Le tout dans une Italie aux prises avec les guerres, les enjeux politiques et la Contre-Réforme. Une restitution passionnante. Mais il faut aimer l’art, car le roman est émaillé de la description de nombreuses œuvres dont il est bienvenu d’avoir une illustration pour goûter complètement son plaisir.

Et plus que cette simple immersion, Dominique Fernandez nous propose une réflexion intéressante sur le rôle de cette société du mystère, cette « meute », qui nous est progressivement dévoilée. Comment des artistes, mus par les mêmes pulsions, ont su sublimer leur art en contournant les obstacles de la double censure religieuse et morale, en utilisant un double langage, une double interprétation? Et chaque œuvre est présentée systématiquement via ce prisme du message caché derrière le message officiel, de la dissimulation d’un penchant condamnable par des arguments respectables. Ce qui pourrait par répétition lasser, est superbement servi par la plume et l’énergie de l’Académicien.

C’est vivant, relevé, sans filtre, cultivé et intelligent. Vous l'avez compris : j'ai adoré!