Histoire mondiale de la France
de Auteur inconnu

critiqué par Colen8, le 24 août 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Histoire de remettre les pendules à l’heure
Mondiale, elle l’est indéniablement la France, à la fois dans le monde, agie par le monde, agissant sur le monde. Un collectif de 120 et quelques historiens enseignants et chercheurs patentés se sont entendus pour sélectionner à partir d’une date-clé des périodes, des actes, des personnages qui ont marqué l’histoire des innombrables peuples de notre territoire dit hexagonal. Depuis l’arrivée de Sapiens dans la péninsule ouest-européenne, depuis les vestiges grandioses de l’art pariétal qui s’y est largement répandu (grotte Chauvet, 34 000 avant J.C.), depuis la délicieuse sculpture sur ivoire de la Dame de Brassempouy (22 000 avant J.C.), ils se sont ainsi entendus pour retenir environ 150 dates. Certains se sont efforcés de redresser autant que faire se peut les mythes, les fantasmes, les sornettes trop longtemps déformés dans les manuels scolaires, d’autres ont privilégié l’interprétation du contexte de tel ou tel événement. Cette démarche inédite et passionnante consistant à élargir l’horizon de la réflexion historique, autrement dit à sortir des limites de l’épure, est destinée en 4 à 5 pages au plus à présenter des évolutions historiques, dont certaines inattendues, dans un contexte territorial mouvant. C’est une histoire qui nous entraîne au début dans la quasi-totalité de l’Europe et de la Méditerranée, qui fait intervenir plus tard les grands empires à vocation universelle en Extrême-Orient puis les Amériques qui se termine en 2015, et montre sans équivoque une mondialisation qui ne devrait nous effrayer à ce point.
Le collectif nous fait ainsi revivre la transformation des celtes de la Gaule en citoyens romains, la diffusion lente du christianisme qui a forgé la civilisation et les valeurs occidentales(1), la conquête suivie de l’invasion d’une tribu franque signant l’avènement des mérovingiens. Pendant les siècles suivants se manifeste de façon plus ou moins constante le désir de reconstituer un empire chrétien à vocation universelle. Réalisé par Charlemagne et vite effacé après lui, il sera l’un des ferments des croisades jusqu’à la mort de Saint-Louis à Carthage en terre musulmane. Sortant de l’ordre féodal un royaume français se constitue qui étend son emprise jusqu’à remplacer l’Espagne au rang de première puissance sous le règne de Louis XIV avant de le céder à l’Angleterre. Notre influence positive dans certains cas mais hélas pas toujours, n’en a pas moins continué à se diffuser comme le montrent quelques exemples parmi beaucoup d’autres : l’adoption généralisée du français dans les échanges diplomatiques y compris à la cour ottomane(2), les chassés-croisés entre émigrés forcés, huguenots, aristocrates dans des temps anciens, et immigrés attirés par la vocation de terre d’asile de la France plus récemment, l’idée utopique de progrès portée par la philosophie des Lumières, le Code civil, le système métrique, la décision paradoxale durant le XIXe siècle des colonisations sous prétexte de mission civilisatrice, en même temps que la proclamation du droit des peuples justifiant le soutien aux guerres d’indépendances(3). L’année du bicentenaire de la Révolution, 1989, n’est-elle pas aussi celle du printemps de Pékin avec cette image des chars de la place Tienanmen, et celle de la chute du mur de Berlin qui verra peu après l’implosion de l’espace sous domination soviétique ?
C’est un échantillonnage qu’on peut juger arbitraire de l’Histoire. On peut le lire soit de bout en bout, soit en butinant d’une date à l’autre grâce à des renvois figurant en fin de chaque article, soit comme introduction à des bibliographies plus étoffées. En fait cette histoire mondiale pourrait s’écrire pour chacun des pays, car tous se sont élaborés à partir de mouvements comparables modifiant l’occupation des territoires selon une chronologie contingente. Les idées, les cultures, les langues, les savoirs, de même que les guerres, les conquêtes, l’esclavage, les colonisations, les migrations, les brassages de populations n’ont pour ainsi dire jamais connu de frontières jusqu’à l’ère contemporaine. Bien avant le monde connecté d’aujourd’hui, la mondialisation s’est imposée depuis les origines par le jeu des interdépendances et des interactions entre populations humaines.
(1) Religion pourtant originaire de l’Orient sémitique
(2) Grâce à la francophonie, le français revendique désormais 200 millions de locuteurs dans le monde
(3) Soutien réservé à celles qui se jouent en dehors de l’Empire colonial