Civilisation de Georges Duhamel

Civilisation de Georges Duhamel

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Cyclo, le 6 novembre 2017 (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 71 ans)
La note : 10 étoiles
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la civilisation devenue folle

"Civilisation" obtint le prix Goncourt en 1918, Ce n’est pas à proprement parler un roman, mais plutôt une suite de récits (comme l’avait été "Vie des martyrs" du même auteur l’année précédente) qui témoignent des ravages de la grande guerre non seulement sur le plan physique (morts et blessés innombrables), mais sur le plan des valeurs morales. Duhamel laisse à penser que la guerre est devenue le développement normal de la haute civilisation occidentale (Valéry dira que "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu'une civilisation a la même fragilité qu'une vie"), prélude aux atrocités qui suivront dans tout le le XXème siècle et au-delà.
"Civilisation" se passe sur le front, dans les tranchées, mais aussi à l’arrière, avec les hommes dramatiquement atteints dans leur chair et qui attendent parfois la mort dans les hôpitaux de campagne. L’absurdité de l’administration et du commandement militaires est souvent soulignée. La plume de l’auteur passe de la compassion à la colère et à l’ironie, tant la boucherie humaine peut susciter l’incrédulité des simples hommes engagés dans un conflit qui les dépasse. Le livre enthousiasma Romain Rolland, et fut, naturellement, interdit pendant l’occupation allemande, ainsi d’ailleurs que toute l’œuvre de Duhamel, auteur injustement oublié aujourd’hui. À mettre à côté des livres de Genevoix ("Les Éparges"), Barbusse ("Le feu") ou Dorgelès ("Les croix de bois").

Quelques citations :
« Les gens puissants qui ont des idées n’admettent point que de simples mortels puissent en avoir. »
« à la guerre, les hommes pensent court : dès qu’ils s’éloignent du canon, ils s’abandonnent sans méfiance au délice de vivre. »
« Vous avez remarqué que, lorsqu’on est très malheureux, on parle aux autres hommes en leur disant « mon pauvre ami » ou « mon pauvre monsieur », comme s’ils étaient eux-mêmes à plaindre. »
« lorsqu’on est descendu tout au fond de la détresse, on est quand même soulagé d’y trouver un petit peu de compagnie. »
Et cette sublime dernière phrase du livre :
« Je vous le dis, en vérité, la civilisation n'est pas dans cet objet, pas plus que dans les pinces brillantes dont se servait le chirurgien. La civilisation n'est pas dans toute cette pacotille terrible ; et, si elle n'est pas dans le cœur des hommes, eh bien ! elle n'est nulle part. »

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