Montréal privé de Louise-Anne Bouchard

Montréal privé de Louise-Anne Bouchard

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 5 août 2017 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 75 ans)
La note : 6 étoiles
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Dégoûtée des Montréalais

Généralement, les écrivains migrants n’ont qu’une seule source d’inspiration : leur pays d’origine. Après moult décennies, jamais le pays d’accueil n’est parvenu à leur fournir l’ombre d’une seule idée pour alimenter leur art romanesque. Le regretté Émile Ollivier, Danny Laferrière, Sergio Kokis, Aki Shimazaki, Ying Chen n’ont pas écrit d’œuvre qui implique leurs nouveaux concitoyens. Il y a de rares exceptions. Louise-Anne Bouchard a vécu le cheminement inverse. C’est une Montréalaise qui vit en Suisse. Elle choisit les villages helvétiques pour camper ses personnages. Mais, en 2003, elle a fait une distorsion à ses habitudes. Dans Montréal privé, elle nous raconte son bref séjour dans sa ville natale.

Ce roman de 69 pages ressemble moins à une œuvre littéraire qu’à un règlement de compte. D’ailleurs l’écriture peu soignée laisse deviner que l’auteure a rédigé rapidement les accusations de son héroïne contre ses parents, contre l’un de ses anciens professeurs du cégep (lycée) et contre la population en général. Elle semble tenue de justifier son départ avant de tourner la page de son passé montréalais. Ceux qui ont entouré ses jeunes années lui ont donné le dégoût de la vie, en particulier sa famille fort peu chaleureuse. Mais elle en veut davantage au professeur qui l’a déflorée sans qu’elle ait vraiment consenti. Quant au milieu qu’elle a habité, elle ne s’en ennuie pas. Elle trouve que les Montréalais francophones se comportent de plus en plus comme des colonisés, insensibles au recul de leur culture en faveur de celle des autres. Difficile de se faire servir en français dans les restaurants, elle préfère un pays où elle peut s’exprimer aisément dans sa langue maternelle. Devant le manque de dynamisme des siens, son choix semble logique à ses yeux. Pour elle, seul Jacques Parizeau (ancien premier ministre décédé en 2016)manifeste encore un brin de fierté à l’égard de sa nation. C’est le seul qui a osé dire le soir du référendum de 1995 ce que chacun savait. Les détenteurs du pouvoir économique et l’immigration massive vont engloutir dans un avenir pas très lointain les vestiges francophones du Québec. La seule chose qu’elle regrette, c’est de pouvoir marcher dans les rues enneigées de la ville.

On sent qu’elle en a marre de Montréal. D’ailleurs, l’héroïne du roman a assez hâte que son séjour prenne fin pour retourner dans son pays d’adoption, où elle a trouvé l’homme de sa vie.

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