Perséphone
de Loïc Locatelli Kournwsky

critiqué par Blue Boy, le 29 juillet 2017
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Du mont Olympe au mont Fuji
Perséphone est une jeune fille ordinaire. Fille adoptive de Déméter, elle peine à trouver sa place aux côtés d’une mère omniprésente qui dispose de pouvoirs magiques prodigieux. Poussée par la curiosité et des cauchemars récurrents, elle va essayer d’en savoir plus sur ce passé qu’on essaie de lui dissimuler. Une quête qui va la conduire aux Enfers, dans une aventure épique dont les enjeux dépassent de loin sa situation personnelle…

Cette adaptation du mythe grec de Perséphone est plutôt une bonne surprise. Et si cet album est clairement destiné au public jeunesse, les adultes pourront également l’apprécier sans déplaisir aucun. Cette bande dessinée d’un auteur français est très influencée par le manga d’un point de vue graphique, ce qui peut s’expliquer par le fait que celui-ci réside au Japon. Loïc Locatelli-Kournwsky n’en est pas à sa première production, mais c’est la première fois qu’il s’inspire de manière si flagrante de la BD nipponne. Il opère ici un croisement étonnant, tout en s'inspirant des codes du manga, entre la mythologie grecque et les fifties américaines pour le décor. Sous des apparences sommaires, le trait est en fait assez détaillé quand il est question notamment de représenter un environnement urbain. L’imaginaire riche de l’auteur et le fond mythologique font le reste, et tout cela contribue à un univers foisonnant et attachant.

La narration est pour le moins enlevée, avec quelques scènes – heureusement non prédominantes - de combat façon « ninja », un des aspects les plus agaçants du manga. Cela reste néanmoins supportable car dilué dans la narration en question et l’univers graphique évoqué plus haut. Quant aux personnages, ils sont plutôt bien campés malgré l’hyper-stylisation des visages. A travers la jeune héroïne Perséphone et sa quête vers elle-même est abordée en filigrane la question de la filiation, l’adolescente étant la fille adoptive de Déméter. Les autres thèmes abordés concernent la corruption du pouvoir et le partage des richesses, un sujet hautement actuel de notre monde réel. La Porte des Enfers, bloquant l’accès entre Eleusis et le monde souterrain, symbolise parfaitement les nouveaux « murs » se dressant entre un Occident riche et un « Sud » en proie à la misère et à la guerre. En avançant dans l’histoire, on réalise que les habitants de ces enfers n’ont rien de diabolique, bien au contraire…

« Perséphone » est donc un album à recommander à tous les lecteurs de « 7 à 77 ans », retenant l’attention par l’originalité du traitement et toutes les raisons évoquées plus haut. Si Loïc Locatelli-Kournwsky promeut l’échange entre les peuples par le biais de cette histoire, il le met en pratique intelligemment avec ce mariage intelligent entre la BD européenne et la BD japonaise, qui, n’étant pas du tout un copier-coller stupide de la seconde, pourrait ainsi séduire les plus rétifs vis-à-vis du manga.