L'ordre du jour
de Éric Vuillard

critiqué par Killing79, le 28 juillet 2017
(Chamalieres - 38 ans)


La note:  étoiles
Les anecdotes méconnues de l'Histoire
Dans ce tout petit roman, il est question d’Histoire avec un grand H et plus particulièrement des périodes d’avant et d’après 2ème guerre mondiale. Dans une quinzaine de chapitres qui se succèdent, Eric Vuillard va nous raconter des petits détails dont on ignorait l’existence. Il n’a pas pour objectif de nous narrer les épisodes déjà bien éculés mais va plutôt s’attarder sur des anecdotes. On découvre alors, à travers de petites scénettes, des accords scandaleux, des scènes ridicules, des coups de bluff incroyables, des discussions ubuesques… un défilé de secrets d’Histoire, qui donne une dimension toute différente aux évènements que l’on croyait connaître. A chaque péripétie, on passe par différents sentiments. Tour à tour, je me suis indigné, j’ai été impressionné et j’ai aussi beaucoup souri.

Eric Vuillard maitrise son écriture qui est exigeante. Le ton est toujours juste et on sent qu’il s’est particulièrement documenté pour pouvoir sortir ces moments improbables du fond des archives.
Alors non, « L’ordre du jour » ne sera pas le compagnon idéal pour occuper vos longues heures de bronzage sur la plage. Il est très bref, peut-être trop et se lit en un rien de temps. Par contre, si vous désirez observer l’Histoire par le trou de la serrure, vous prendrez un plaisir certain à toutes ces facéties méconnues.

Je ne connaissais Eric Vuillard que de nom. J’ai bien apprécié son approche originale des faits et sa manière de raconter les choses sous un angle vraiment intéressant. Je penserai à lui pour mes futures incartades historiques.
Perplexe 5 étoiles

Je viens de terminer l'Ordre du Jour, et me reste un mauvais goût dans la bouche.

A la base ce format de roman, court et mettant la lumière sur des petits bouts de la Grande Histoire, avec force anecdotes, j'aime beaucoup. C'est de plus fort bien écrit, c'est incontestable (J'aime avoir à ouvrir mon dictionnaire pour 2-3 mots de vocabulaire, comme apophtegme, affermer ou rognonner).

Mais le but du livre n'est pas de nous éclairer, de nous conter, de nous imaginer même cette Histoire. Le but est de pointer du doigt, d'accuser, de se donner le rôle de juge de l'après coup. Parce que Monsieur Vuillard a l'air extrêmement sûr de la manière dont il aurait agi en temps de guerre.

Ah ces lâches dirigeants européens, qui ont plier minablement devant Hitler.

Ah ces salauds d'Autrichiens qui accueillent triomphalement Hitler et qui n'ont pas eu le bon goût de se suicider au moment de l'Anschluss (comme apparemment ce fut le cas de plus d'un millier d'Autrichiens).

Ah Toutes ces Autrichiennes, souriantes et trop blondes, qui ont eu le mauvais goût de vivre jusqu'à la maison de retraite, si peu méritée bien sûr.

Ah ces saletés d'entreprises des années 40 que l'on connait tous, Siemens, Krupp, et autres Opel. Monsieur Vuillard nous dit que ce n'est pas leurs dirigeants de l'époque les vrais responsables, au fond, d'avoir fait prospérer ces monstres sur le dos des prisonniers. Ce sont les entreprises en tant que telles qui sont responsables et qui de façon honteuse ne paient plus, 75 ans après les faits, d’indemnités aux rescapés. Sous-entendu si vous achetez Bosch ou Krupp aujourd'hui, vous êtes pas loin du collabo.

Voici mon ressenti, que je ne suis pas la seule à avoir eu apparemment (selon des critiques vues sur d'autres sites).

Donc pour moi, bon exercice littéraire mais mauvais récit.

Badzu - versailles - 43 ans - 7 février 2018


Une délectation ! 9 étoiles

J’avais une fausse idée de ce livre que je croyais être la narration d’une rencontre entre le futur chancelier Adolphe Hitler et le gratin de l’industrie et de la finance allemande à la veille de la naissance du troisième Reich.

Or cet ensemble de récits est à la fois plus large, s’étend à d’autres épisodes des années 30, avec une part importante sur les circonstances qui ont conduit à l’Anschluss du 12 mars 1938.

Certes, rien n’est moins sûr, mais l’auteur nous donne des versions argumentées et crédibles sur des caucus de célébrités politiques de cette période trouble ayant précédé le second conflit mondial.

Mais ce que je retiendrai surtout, c’est le style remarquable, prenant, voire envoûtant, au point où je me suis surpris au cours de ma lecture à revenir plusieurs fois en arrière pour me délecter à nouveau de la plume d’Eric Vuillard.

Tous les passionnés de la seconde guerre mondiale seront séduits par cet ensemble qui va leur donner frissons et jouissance littéraire.

Pacmann - Tamise - 53 ans - 9 janvier 2018


Anschluss 9 étoiles

L'ordre du jour, ce sont les actualités en 1938 avec l'Anschluss. Eric Vuillard dépoussière l'histoire et nous donne quelques détails qui éclairent la mentalité à cette époque.
Les années 30 avec la montée du nazisme et la complicité des grandes entreprises allemandes. La duplicité, voire la lâcheté des grandes puissances comme la France et l'Angleterre. L'autrichien Schusschnigg est bien faible face aux ténors nazis ; d'autant que le peuple acclame les envahisseurs.
Eric Vuillard a réalisé un beau travail de recherche sur cette période de l'histoire que tout le monde connaît mais superficiellement. Il développe également l'esprit qui régnait alors tant dans les milieux gouvernementaux qu'auprès du peuple.

Ddh - Mouscron - 76 ans - 29 décembre 2017


Doute 7 étoiles

J'éprouve toujours un doute devant les écrits de ces auteurs qui utilisent des faits historiques pour tenter de reconstituer les sensations, sentiments et psychologie des acteurs. Il me semble, mais je ne suis pas historien, qu'ils sont ici respectés. Après on peut penser ce que l'on veut des élucubrations, plus ou moins fondées sur des archives, de l'écrivain.
Celui-ci emploie un style que je trouve de bonne facture, surtout lorsqu'il resserre sa phrase pour relater les moments dramatiques de la fin du livre. Au départ, il se laisse un peu aller à ce péché mignon de l'écriture sophistiquée qu'adore en France le milieu littéraire. Dans les premières pages (12,13), on trouve des phrases un peu ronflantes, caractéristique qui s'efface par la suite, et des mots bizarres; néologismes comme "escadrin" ou "cryptonyme" qui se comprennent assez bien et un emprunt au parler lyonnais (p.21 "rognonner" pour grommeler), l'origine de l'auteur l'expliquant (Frédéric Dard a fait de même et sur une beaucoup plus grande échelle). Sa volonté d'explicitation tombe à plat dans le chapitre "Dîner d'adieu à Downing Street" où il relève que Joachim von Ribbentrop, ancien ambassadeur du Reich à Londres, récemment nommé Ministre des Affaires Etrangères, avait été le locataire du Premier Ministre anglais, Neville Chamberlain, et que ce fait devrait expliquer les comportements des acteurs dans la scène suivante. Or, dans celle-ci, il ne met en avant que la bonne éducation anglaise et diplomatique des britanniques. Flop.
Cependant une lecture facile et agréable, fondée sur l'une des périodes les plus noires de l'histoire de l'Europe.

Falgo - Lauris - 78 ans - 7 décembre 2017


La tentation du "et si..." 7 étoiles

Dans ce court récit Eric Vuillard relate certains épisodes qui ont précédé et permis la montée en puissance de l'Allemagne nazie avant l'éclatement de la guerre. Dans chaque scène, il replace l'homme au cœur des décisions et des responsabilités.

L'accession au pouvoir du parti nazi et l'escalade des ambitions pan-germaniques ont été un processus progressif. Mais loin d'être un raz de marée inéluctable, une lame de fond balayant tous les obstacles, chaque étape fut un vacillement fragile que le doigt du destin aurait pousser dans une toute autre direction.
Et si les capitaines d'industrie allemands n'avaient pas financé le parti d'Hitler? Et si les représentants français et anglais n'avaient pas montré autant de veulerie? Et si les dirigeants autrichiens avaient été moins soumis? Tout cela n'aurait-il pas pu être étouffé dans l’œuf avant le chaos et l'horreur qui s'en est suivi?

Cet ouvrage questionne sur les responsabilités de ceux qui ont laissé, voire pire, permis de faire. Elle questionne surtout sur les motivations honteuses derrière ces positions. Mais l'histoire n'est qu'une succession de carrefours dont les directions prises dépendent de la grandeur et de la petitesse de l'Homme.

On pourrait résumer par cette prédiction de Churchill : "Vous deviez choisir entre le déshonneur et la guerre. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre."

Elko - Niort - 42 ans - 26 novembre 2017


Le pire lien entre argent et politique 8 étoiles

Les grandes entreprises ont besoin de stabilité et les partis politiques d'argent, d'où la tentation pour les premières de financer ceux de ces derniers qui auraient des tendances autoritaires permettant une absence d'alternance et un développement économique certain. C'est ce qui a amené vingt-quatre barons du patronat allemand à financer le Parti national-socialiste, lors d'une réunion au Reichstag par Goering, peu avant la mise hors service du Parlement, chacun y trouvant son intérêt.
Cet effarant dévoiement ne nécessite pas de longs développements pour dénoncer cette dérive, d'où la puissance de ce livre en peu de mots, grâce à la précision du rappel des faits, qui parlent fort bien d'eux-mêmes, au point d'hurler. Cet ouvrage reste aussi court qu'efficace.

Veneziano - Paris - 40 ans - 18 novembre 2017


Prix Goncourt 7 étoiles

La petite histoire dans la grande. Comment des responsables de haut niveau, des chefs d’État, des décideurs ont pu être à ce point stupides, se laisser manipuler par un dictateur vaniteux, ambitieux, colérique, sanguinaire... mais finalement beaucoup plus intelligent qu'eux... Et ils ont entraîné leurs pays dans le chaos.
Eric Vuillard adopte un ton résolument incisif, satirique et méprisant pour ces individus qui effectivement ne méritent que notre mépris.
Livre très court (ce qui a priori ne le donnait pas favori pour le Goncourt), mais ô combien utile par l'éclairage qu'il nous donne. Car l'Histoire, avec une majuscule, c'est aussi cela.
On oserait espérer que de telles incompétences ne puissent se reproduire, mais...

Bernard2 - ARAMITS - 69 ans - 17 novembre 2017


L'argent n'a pas d'odeur 10 étoiles

Nous sommes le 20 février 1933. Hitler est au pouvoir mais il a besoin d'argent : les moyens financiers du parti nazi sont exsangues. Comme toujours, les pouvoirs économiques et politiques arrivent facilement à s'entendre et ce sont plusieurs fleurons de l’industrie allemande qui seront conviés à une réunion pour soutenir financièrement le parti, non sans retour sur investissement par la suite. L’Anschluss aura lieu le 12 mars 1938, avec le consentement du chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg, petit dictateur fantoche sans envergure et rapidement destitué par le Fuhrer.

L'écrivain s'en donne d'ailleurs à coeur joie lorsqu'il nous restitue la rencontre entre ces deux personnages. Nous retrouvons ce ton ironique lors d'un déjeuner à Londres, le jour même de l'annexion de l'Autriche, en compagnie du premier ministre Neville Chamberlain et de l'ambassadeur allemand Joachim von Ribbentrop, qui se livre à un bavardage intempestif pour mieux empêcher le britannique de réagir à la nouvelle, trop soucieux de ne pas paraître impoli à son invité et ce, malgré l'urgence de la situation.

Absurde, risible, c'est toute la complaisance des élites politiques françaises et anglaises qui sera dénoncée dans ces pages, écornant l'image de ces hommes d'Etat devenus de véritables marionnettes dans les mains d'Hitler, alors qu'il était encore temps de réagir. Car Hitler avance à coups de bluff dans ce grand théâtre politique : les mascarades, hâbleries et autres fanfaronnades éclipsent une opération militaire quasi improvisée. Loin des images de propagande, on ne compte plus les véhicules blindés allemands qui n’avancent plus sur les routes autrichiennes le jour de l'annexion, tombés en panne ou présentant de graves défaillances dès leur construction. C'est d'ailleurs la lecture de cet épisode dans les mémoires de Winston Churchill qui amènera l'auteur de ce récit à s'intéresser à ce moment d'histoire, porté par un regard critique et sans complaisance sur le passé. Et ce d'autant plus que ce regard traverse le prisme du présent, avec toutes les connaissances acquises au fil du temps, que ce soit par les comptes-rendus du procès de Nuremberg que de l'ouverture des archives ou l'accès aux transcriptions des écoutes téléphoniques. Extrêmement bien documenté, la construction très réussie de ce récit, qui se révèle vif, instructif, grave et ironique à la fois, s'accompagne d'une belle incarnation des personnages dans une puissance d'évocation qui soulève l'enthousiasme du lecteur. Je vous conseille vivement cette lecture. Quant aux grands industriels allemands, ils sortiront de la guerre quasiment impunis et retrouveront très vite la marche florissante des affaires. L'argent n'a pas d'odeur, tout le monde le sait...

Sentinelle - Bruxelles - 48 ans - 13 novembre 2017


"L'ordre du jour" d'Eric Vuillard : brève d'Histoire 9 étoiles

Et si la Seconde Guerre Mondiale était aussi un thème fort de cette rentrée littéraire 2017 ? Olivier Guez s’est illustré dans le genre avec La Disparition de Josef Mengele, tout comme Frédéric Verger et Les rêveuses ou encore L’enfant mouche de Philippe Poller-Villard. C’est maintenant au tour d’Eric Vuillard de passer à la moulinette Lettres it be avec L’ordre du jour, un récit autour de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie.


# La bande-annonce
L'Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d'intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l'Anschluss par l'auteur de «Tristesse de la terre» et de «14 juillet».


# L’avis de Lettres it be
Nous avions fait la découverte d’Eric Vuillard avec Tristesse de la terre : Une histoire de Buffalo Bill Cody publié aux Editions Actes Sud en 2014 et récompensé du prix Joseph-Kessel en 2015. Récemment, ce sont les pages de L’ordre du jour qui ont tourné entre nos mains et autant vous dire tout de suite que cette lecture fut … grandiose.

Lettres it be - - 24 ans - 11 octobre 2017


Vuillard ou l'art d'interroger l'Histoire avec habileté 9 étoiles

Le récit s'ouvre sur une réunion de 1933 où se retrouvent vingt-quatre grands industriels allemands : Krupp, Opel ... Ces hommes vont offrir à Hitler des sommes bien rondelettes qui vont consolider le parti. L'écrivain se penche aussi sur l'Autriche et ses dirigeants, sur l'Anschluss, sur la manipulation de plusieurs hommes et sur l'autorité de figures détestables. Grâce à ce texte le lecteur est éclairé sur certains événements et sur les dessous de certaines décisions.

Ce récit se lit un peu comme une enquête dans laquelle de nombreuses émotions transparaissent. Il y a la colère face à certaines décisions et face au comportement des Autrichiens. L'ironie permet de repérer une dimension critique. Quelques traits d'humour noir essaiment ce récit. Après avoir évoqué Chaplin, une scène devient ridicule sous la plume de l'auteur tout en étant dans le fond grave.

Eric Vuillard a l'art de se focaliser sur un épisode et de nous le faire redécouvrir. Il offre un angle intéressant, engagé et éclairant. Ce texte n'est pas qu'une simple enquête, il y a aussi une part romanesque. Ces figures historiques prennent vie, s'expriment. La mise en scène de ces célèbres figures donne le sentiment d'entrer dans les arcanes de l'Histoire.

L'auteur est bien documenté et maîtrise son sujet. Il ne cherche pas à étouffer le lecteur sous des pages et des pages d'informations historiques. Il a fait des choix qui sont au service de sa démarche. L'auteur a une belle plume et mériterait un meilleur éclairage.
Je ne suis pas spontanément intéressé par des romans historiques et pourtant les textes de cet auteur possèdent des qualités séduisantes. La finalité n'est pas d'être un simple roman historique. Cela va bien au-delà.

Pucksimberg - Toulon - 38 ans - 27 septembre 2017