La Caisse. Enquête sur le coffre-fort des français
de Sophie Coignard, Romain Gubert

critiqué par Colen8, le 4 juillet 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Siphonnage intensif
Renflouer des canards boiteux, participer les yeux fermés à des investissements pourris, jeter l’argent par les fenêtres pour des manifestations somptuaires, reclasser dans ses rangs avec de grasses rémunérations nombre de fonctionnaires, énarques de préférence, quand ce ne sont pas des proches de l’Elysée quel qu’en soit le locataire du moment, tel est le rôle parfois exigé de cette vénérable institution, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) créée sous la Restauration. Un rôle bien éloigné de sa mission principale détournée sans vergogne par des dirigeants et/ou administrateurs peu scrupuleux parfois même à l’insu de la commission de surveillance composée de parlementaires des deux assemblées(1). En effet, loin de cette mission qui consiste à faire fructifier à long terme l’épargne populaire collectée par les livret A, livret bleu, livret de développement durable, elle se voit sollicitée régulièrement pour aligner les milliards d’euros dans des prises de participation hasardeuses, trop souvent à fonds perdus. Des dérives dénoncées par maints rapports de la Cour des Comptes qui finissent gentiment au placard. Les politiques jugent plus commode de mettre à contribution des ressources financières opportunes(2) pour combler des trous devenant au fil du temps un tonneau des Danaïdes.
L’enquête de ces deux journalistes qui n’en sont pas à leur coup d’essai, se résume à quelques faits significatifs évoquant une partie de Monopoly à ceci près qu’ici il ne s’agit pas d’un jeu. Elle montre le ballet des protagonistes haut placés jouant sur les services rendus et retours d’ascenseurs, insiste sur les conflits internes et les dissensions à n’en plus finir entre des barons tout-puissants qui semblent avoir effacé l’intérêt général de leur répertoire mental. Voulant élargir son périmètre d’activité à la banque d’affaire, la CDC, cette énorme machine a été impliquée à son corps défendant dans la faillite calamiteuse de la banque franco-belge Dexia. Que la présentation apparaisse parfois un peu brouillonne n’enlève rien à sa portée. Elle participe d’une certaine façon à expliquer le grand coup de balai exprimé dans les récentes séquences électorales.
(1) Il y a aussi des représentants du Conseil d’Etat, de la Cour des Comptes, de la Banque de France, de la direction du Trésor, et des personnalités qualifiées.
(2) Ses encours sont estimés à 250 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent les consignations des notaires et administrateurs judiciaires (35 milliards d’euros) etc. Elle pilote le Fonds de réserve des retraites (35 milliards d’euros en 2015).