Du feu de l'enfer
de Sire Cédric

critiqué par Tistou, le 10 mars 2020
( - 63 ans)


La note:  étoiles
Carnage
Pourquoi faudrait-il que polar rime avec carnage (d’ailleurs ça ne rime pas) ? Il y a tant d’exemples de polars qui se « contentent » d’un cadavre, ou deux, tranquilles, sans qu’il soit besoin de signer des pages gores et difficiles à supporter.
Avec Du feu de l’enfer nous sommes dans une espèce de course à l’échalote, à qui aura le meurtre le plus abominable, à celui qui accumulera le plus de viande froide, au mépris de la vraisemblance et surtout de l’intérêt.

»L’homme arrivait dans son dos.
Elle se trouvait si près ! L’espoir, si proche …
Elle se redressa et se mit à quatre pattes. Il suffisait d’un instant … un tout dernier …
L’homme abattit sa machette, lui entaillant profondément le mollet.
Elle hurla. La douleur fut insoutenable, un feu dévorant sa chair. Elle sentit sa vessie se relâcher, de l’urine chaude inonder ses cuisses, et ne parvint plus du tout à contrôler son corps.
L’homme frappa de nouveau. Cette fois, la lame sectionna le pied. »


Et vas-y que je te découpe les membres, que je te coupe les têtes, que je t’égorge … Bon, on se lasse quand même. Servez-moi plutôt de l’intelligence (situationnelle, dirait Pierre Villepreux à propos du rugby – private joke que peu comprendront hélas), du psychologique, du social, du psychosocial, … de l’intelligence quoi ! Entre un James Lee Burke, qui pourtant ne lésine pas sur la violence et Sire Cédric, il y a … il y a qu’au moins avec James Lee Burke je termine ma lecture en connaissant davantage de choses, d’impressions, sur un monde qui m’est étranger ; la Louisiane. Ou avec un Henning Mankell, j’ai l’impression d’avoir un peu voyagé en Suède, d’appréhender ce pays davantage, tout en ayant suivi une enquête qui ne nous prend pas pour des gogos et qui fait appel à notre sensibilité et notre intelligence.
Là, si je me mets à la place d’un étranger – un non-Français – qui vient de lire Du feu de l’enfer, je ne suis pas sûr qu’il ait eu l’impression d’évoluer en France, du côté de la Région Parisienne, et d’en avoir retiré une quelconque connaissance. Tout est centré sur le rebondissement d’évènements tous plus sanglants les uns que les autres, sur le fait de perdre le lecteur pour mieux lui asséner le coup de massue de la surprise, et dans le texte on ne retrouve pas la « chair » de la terre de France, de la population française. Ca pourrait tout aussi bien se dérouler au Danemark ou aux USA comme en Pologne, par exemple.
Manon et Ariel sont sœur et frère. Un peu aux antipodes l’un de l’autre ; l’une est thanatopracticienne, l’autre délinquant bas de gamme dans le domaine des petites magouilles, des petits trafics. Elle n’en peut plus de lui, de lui servir depuis l’enfance (ils sont plutôt à l’aube de la trentaine ?) de planche de salut, de bouée de sauvetage. Lui est du genre irrécupérable, velléitaire et désespérant. Et ce soir là, c’est la magouille de trop. Ariel a mis les mains là où il ne fallait pas, chez plus pervers et plus nuisible que lui. D’ailleurs le voisin du dessus de chez Manon –Manon chez qui il s’est réfugié une énième fois – va le payer de sa vie, victime d’une méprise ; il a été pris pour Ariel.
Ca commence ainsi et ça ne va pas s’arrêter au fil des 556 pages. Fuite éperdue semée de cadavres et d’horreurs en tous genres. Fatigant.
Il en faut pour tous les goûts et je suppose que certain(e)s aiment ça ? Pour ma part je préfère une ambiance plus authentique, louisianaise, navajo, britannique, suédoise, tout ce que vous voulez, mais qui fait sens !