Aux Cinq Rues, Lima
de Mario Vargas Llosa

critiqué par Tanneguy, le 13 juin 2017
(Paris - 78 ans)


La note:  étoiles
Chantage dramatique à Lima
Vargas Llosa se laisse aller ! Il nous conte une histoire sordide de chantage sexuel visant un industriel riche et renommé qui s'est laissé aller au cours d'une partie fine. C'est un hebdomadaire spécialisé animé par des journalistes vindicatifs qui révèle l'affaire qui fait grand bruit dans le Pérou dirigé d'une main de fer à l'époque par Fujimori secondé par le "Docteur" le chef de son service de renseignement, aux mœurs pour le moins répréhensibles. On se rappellera l'hostilité (le mot est faible !) que l'auteur voue à ce dirigeant auquel il tentera vainement de succéder quelques années plus tard, cela explique le ton du récit...

Bref, il nous décrit par le menu les agissements des protagonistes assez bien typés, dans son style habituel, facile à lire. Mais il s'appesantit également sur les mœurs sexuelles de ces riches familles qui n'ont qu'un saut d'avion pour rejoindre Miami où ils peuvent oublier pour quelque temps les misères épouvantables de leur pays, terrorisme, corruption, pannes d'électricité... Ce qui m'a choqué, c'est la complaisance avec laquelle l'auteur décrit les ébats sexuels nombreux des protagonistes. On attendrait davantage d'un Prix Nobel de littérature, même vieillissant.

On ne s'ennuie pas toutefois, mais on oubliera vite ! Dommage...
Farce tragique et chantage politico-sexuel 8 étoiles

Un entrepreneur péruvien en vue fait l'objet d'une campagne de destruction médiatique, par le projet de parution de photographies le compromettant par sa présence, au moins alléguée, dans une partie fine où sont présentes des prostituées. Il fait l'objet de chantages, d'autant que le rédacteur en chef du périodique à sensations est retrouvé assassiné. Derrière, se trouve le pouvoir d'Alberto Fujimori, président péruvien, qui a non seulement mis fin aux exactions terroristes du Sentier lumineux mais aussi et surtout mis en place un tournant délibérément autoritaire du régime politique. Aussi l'auteur a-t-il été candidat malheureux à la présidentielle contre ce dernier, lors de son accession au pouvoir, en 1990.
Le ton est enjoué, les rebondissements ne manquent. Il peut être estimé que le romancier se livre à la facilité de style et à la condamnation d'autant plus simple pour lui qu'il est tout de même acteur politique, même indirect. Mais la cause sous-jacente mérite d'être soutenue, les dérives politico-médiatiques valant la peine d'être condamnées, quitte à donner dans de la littérature à sensation, ce qui correspond à prendre les armes de ses ennemis, au moins partiellement.
Ce livre contient d'assez nombreux passages burlesques, au sein d'un climat tragique. Il ne s'avère donc pas totalement vain et donne une petite idée des mauvais penchants de la société péruvienne.

Veneziano - Paris - 39 ans - 14 août 2017