Outrages de Dames
de Isabelle Simon

critiqué par Débézed, le 10 juin 2017
(Besançon - 70 ans)


La note:  étoiles
Pour le plaisir
Isabelle Simon n’a pas trempé sa plume dans un bocal d’eau de rose pour rédiger les je ne sais pas combien nouvelles de ce recueil, je n’ai pas pris le temps de les compter tant j’étais absorbé par ma lecture, tournant vite la page à la fin de chacun des textes pour découvrir le suivant. On dirait plutôt qu’elle a utilisé tous les fluides que le corps peut secréter notamment ceux qui s’écoulent sous l’effet de l’excitation sexuelle. Elle est allée au plus profond des corps sans trop se soucier des problèmes des cœurs pour recueillir ces humeurs dignes de mettre en mots les histoires qu’elle raconte, des histoires d’amour charnel, des histoires de plaisir, des joies, des déboires, des frustrations, des douleurs. Tout ce que peut ressentir une femme dans sa chair, dans son corps, quand elle est remplie de désir, d’attente, de frustration et dans d’autres états encore. Tous les textes ne parlent pas d’amour et de sexe mais la plupart quand même.

Isabelle ne raconte pas l’amour banal qu’on lit dans tous les romans dits d’amour qui n’émoustillent plus que ceux qui n’en avaient jamais lu auparavant. Non, elle raconte l’histoire de ceux qui vivent souvent dans la marge, qui recherchent des sensations différentes, des plaisirs interdits, des histoires crues car sincères et possibles et même plausibles et peut-être même vécues. Elle ne verse pas dans un romantisme suranné, elle s’intéresse plus à l’animalité des êtres, à leurs rapports sexuels crus, parfois violents, brutaux. L’aspect sentimental ou cérébral ne l’intéresse pas, elle veut seulement considérer des corps qui s’affrontent pour dégager du plaisir qu’il soit pour un, pour deux ou pour plus encore.

La narratrice de l’une des nouvelles l’avoue (est-ce l’auteure elle-même ?) : « Il en a fallu, du temps, de l’impudeur et de franches rasades de honte pour - qu’un jour par surprise -, je découvre enfin la joie profonde qui me secoue jusqu’au tréfonds. » Il a peut-être aussi fallu du temps à Isabelle pour s’affranchir de toute la vieille pudibonderie jetée sur notre société, aux siècles précédents, par la plupart des religions, quand l’acte d’amour était encore souvent sanctionné par la procréation. L’amour est désormais beaucoup plus souvent acte de plaisir, isabelle raconte la quête de ce plaisir, les bons et les mauvais moments, sans aucune pudibonderie, crument, sincèrement… Ses personnages sont crédibles, on croit à leur histoire.

Et même si ce texte est cru, empreint de violence et de brutalité, il contient quelques passages très poétiques et son écriture ne perd jamais son élégance et sa finesse même dans les histoires les plus sordides. On peut dire les choses les plus crues sans pour autant s’égarer dans la vulgarité, ça Isabelle sait bien le faire, son écriture reste toujours aussi lisse quelque soit le sujet qu’elle traite. Elle ose dire ce que beaucoup ne veulent pas dire, le plaisir et le désir ne sont pas de vilains péchés mais des sensations qui font partie intégrante de la vie, des sensations que les femmes osent aujourd’hui revendiquer.