Tu es Pierre
de Georges Suffert

critiqué par Elko, le 8 juin 2017
(Niort - 41 ans)


La note:  étoiles
2000 ans d'Histoire
Quelle ambition que de retracer les 2000 ans d'histoire de l’Église chrétienne. D'autant plus que cette histoire accompagne largement celle du monde occidental. C'est le défi que s'est lancé Georges Suffert, catholique pratiquant, tout en gardant une certaine objectivité.
Cette synthèse permet de rappeler comment l’Église a pu bâtir sur le message d'un homme une institution millénaire et universelle.

Il y a d'abord une phase constructive d'identité. Tout commence par une secte juive qui se cherche parmi les autres mouvements coreligionnaires puis qui se propage lentement autour de la méditerranée orientale. Le contact avec la culture grecque permet de structurer son message à défaut d'harmoniser les divers courants qui déjà se forment. C'est au départ une religion de l'ombre, négligée, méprisée parfois persécutée par l'Empire romain, et cette marginalisation masque l'hétérogénéité de la pratique de la foi et des dogmes des différents groupes constitués.
La chrétienté émerge véritablement lorsque l'empereur Constantin autorise officiellement le Christianisme puis lorsqu'il devient religion d'empire (IVème siècle). Impossible alors d'ignorer les désaccords et les disparités en son sein : ce seront les premiers conciles et les premières hérésies. Antioche, Alexandrie, Constantinople et Rome sont alors les principaux centres administratifs et spirituels.
Progressivement l’Église se soustrait à la tutelle de l'Empereur. Un premier schisme (XIème siècle) la divise : d'un côté l’Église grecque orthodoxe, celle des origines, de l'autre l’Église romaine catholique, celle des papes. Et c'est de cette dernière qu'il sera principalement question par la suite même si les autres Églises constituées continueront d'être évoquées.
L’Église de Rome, menacée de l'intérieur par les querelles de légitimité et de dogme et de l'extérieur par les barbares puis les royaumes et empires chrétiens, survivra et s'imposera comme un pouvoir spirituel et même temporel. Elle jouera un rôle politique, impulsera les croisades, accompagnera la découverte du Nouveau Monde et l'évangélisation de nouvelles régions (avec des résultats inégaux), résistera tant bien que mal à la Réforme et aux Lumières. Elle alternera grandeur et décadence. Cette longue histoire se termine par le mandat de Jean-Paul II qui devra affronter le défi de la modernité.

L'ouvrage est conséquent et dense. L'ensemble se lit assez bien mais il est facile de s'y perdre, l'exhaustivité semblant primer sur la synthèse. Certains sujets sont survolés comme acquis pour le lecteur (l’œuvre de Saint Augustin, le jansénisme, …), d'autres confus (la révolution française de 1848). Enfin quelques passages sont simplement ennuyeux (le protestantisme scandinave, la longue liste des papes successifs, ...). Si les cartes en fin de volume sont les bienvenues, des tableaux synoptiques auraient été nécessaires. Au sortir de la lecture j'ai été un peu sonné par la masse d'informations reçues, avec cette sensation d'avoir fait un long et riche voyage sans pour autant en ressortir des repères évidents.

Au final voici un bon ouvrage pour une vue d'ensemble et de détails de l'histoire de l’Église chrétienne. Mais à conseiller aux amateurs du genre, certains passages demandant un peu de persévérance voire de recherches périphériques.