La malédiction de Gustave Babel
de Gess

critiqué par Blue Boy, le 27 mai 2017
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Le flingue ou les fleurs
Argentine 1925 : Gustave Babel, cultivé, poète, ex-tueur d’une mafia parisienne, capable de parler toutes les langues du monde, est abattu. Tandis qu’il agonise, le fil de son existence hors du commun défile devant ses yeux…

Après avoir longtemps dessiné pour les autres, en particulier Serge Lehman avec qui il publia récemment « L’Esprit du 11 janvier » (Delcourt 2016), Gess s’est investi dans un projet solo. Et le résultat est plutôt probant, même s’il faut bien l’admettre, on peut rencontrer quelque difficulté à rentrer dans l’histoire que l’on pourrait qualifier de thriller fantastico-surréaliste. Cette fameuse malédiction qui poursuit Gustave Babel, en pleine crise existentielle, c’est ce passé d’une vie qu’il n’a pas choisie qui le rattrape, celle d’un tueur à gages indifférent à son propre destin. Babel, poète érudit amateur d’art et dont le métier est à l’opposé total de ce qu’il est au fond de lui, va se trouver confronté, après une succession d’événements où les personnes qu’il doit tuer meurent peu avant son arrivée, à des visions cauchemardesques qui semblent faire référence à son passé occulté et à un mystérieux hypnotiseur affublé du masque de la mort.

Conçue comme une aventure, « La Malédiction de Gustave Babel » a pour cadre principal les bas-fonds d’un Paris ancien sous l’emprise de la pègre. Mais les visions récurrentes du héros en font un objet plus hybride où la poésie vient adoucir l’atmosphère violente liée aux fréquentations « professionnelles » de Babel. Pris dans les tentacules de la Pieuvre, ce dernier ressent un grand besoin de délivrance qui ira croissant dès les premières visions qui viennent l’assaillir. Dès qu’il se sent tourmenté, il lit Baudelaire, dont les poèmes agissent sur son âme tel un baume apaisant et l’élèvent vers des éthers de pureté.

Fidèle à son trait réaliste et nerveux, Gess nous offre de belles séquences oniriques. La mise en page reste efficace et la colorisation discrète, souvent aux limites de la monochromie. Le scénario est un brin touffu et tend parfois à perdre le lecteur, mais reste suffisamment captivant pour que celui-ci daigne s’y accrocher. Et pour les amateurs de beaux tirages, le travail d’édition est très soigné avec dos toilé et couverture en relief. Certaines pages comportent de fausses taches d’humidité, donnant l’impression que l’objet sort d’une épave de navire au fond des mers, accentuant la part de rêve…