STREETS (Loufoqueries citadines) de Eric Dejaeger

STREETS (Loufoqueries citadines) de Eric Dejaeger

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Kinbote, le 22 mai 2017 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 58 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 240ème position).
Visites : 254 

Ville imaginaire

Rue aux Oiseaux, rues aux Fumées, rues aux Volcans, rue aux Anges… Rue des Politiciens, rues aux Ventouses, rue aux Moustiques, rue du Rhume… Ces Streets, au nombre de 99 (comme pour laisser le soin au lecteur de franchir la centaine), qui dessinent une ville inventée et inventive (comme en écho au vers de Soupault cité en exergue) où les noms des rues seraient efficientes, en accord avec ce qu’elles désignent, même si la rue, pour le passant ou l’habitant, tend à corresponde à ce par quoi, par qui elle est nommée. Qui plus est dans une ville moderne de plus en plus fonctionnelle, sans distinction, et laissant peu de place à l’irrationnel, au passé, sans autre orientation, pour situer un endroit, que son nom.

Comme on le sait, Éric Dejaeger varie, dans ses livres, les genres et les humeurs. C’est ici l’œuvre du poète, animé d’une belle intuition et d’une vive sensibilité, le Dejaeger, et pour n’en citer que quelques-uns, des Contes de la poésie ordinaire ou de ses recueils instantanés.

Et si la poésie qu’Éric ne trouve pas souvent dans les ouvrages prétendument poétiques (où on s’attend justement à en trouver) ressortait de l’inattendu, surgissait à l’improviste dans des domaines non désignés comme tels, dans le quotidien, par exemple, dans ces moments et saynètes qu'il sait si bien saisir…

Dejaeger rend bien le double aspect de la rue, entre limitation et infini. La rue, forcément bornée, donne à celui qui y pénètre l’idée de l’aventure, il peut se figurer que la rue est infinie, qu’il s’est engagé dans un labyrinthe ou un coupe-gorge, qui le perdra. C’est entre enchantement et appréhension qu’on découvre une nouvelle rue, comme on parcourt ce recueil, page après page, entre sens du secret et goût du frisson.
La rue, aussi, relie deux endroits de la ville ; elle est jonction, mise en relation de lieux a priori inconciliables ; la rue par essence est poésie.

Au bout du compte, toutes ces rues ne mènent-elles pas à la Porte de l’imaginaire, pour composer une de ces villes invisibles créées par Calvino ?

Dans ces Streets sans interdit, Éric montre que la poésie est dans la ville, au coin de la rue, en miroir de nos attentes et de nos peurs, comme marchepied à nos rêves aussi bien qu’à nos cauchemars.

Signalons encore que la vivifiante couverture et les illustrations sont de Jean-Paul Verstraeten.


EXTRAITS :

74th STREET

Prise entre deux feux

venant

de la rue du Conservatisme

& de la rue la Révolution

les citadins

ont depuis longtemps compris

qu’il ne fallait plus passer

par la rue du Centre.



99th STREET

Ils sont quelques-uns

Plongés dans

Des manuscrits enluminés

Des grimoires illuminés

Des parchemins en lambeaux

à arpenter la ville

à la recherche

de la légendaire

& mythique

Rue Sans Nom.

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Les éditions

  • STREETS (Loufoqueries citadines)

    Gros textes
    ISBN : SANS000050768 ; 01/01/2017 ; 112 p.
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Balade poétique

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 23 mai 2017

Dans ce recueil Eric Dejaeger nous invite à parcourir les rues d’une ville imaginaire, quatre-vingt-dix-neuf rues qu’il décrit chacune à travers un poème qui donne le sens du nom de chacune d’elle. Il nous convie à traverser sa ville comme on traverse sa vie, en rencontrant mille aléas. Le poète, même s’il a mis un peu d’eau dans son vitriol, conserve un regard perçant sur tout ce qui l’entoure car :

Dans la Rue
des Etoiles Filantes
Il ne faut pas marcher
le nez en l’air…

Et si on ne marche pas le nez en l’air, on peut faire de drôles de rencontres, on peut même se rencontrer soi-même.

On a constamment
l’impression
d’avancer
à la rencontre
de soi-même…

Les réflexions du poète sont souvent drôles, parfois surréalistes, souvent très pertinentes, quelquefois sarcastiques mais toujours très justes. Et dans certains poèmes, il laisse même sourdre un certains sarcasme à propos des philosophes et ses poètes qui ne font pas toujours honneur à leur art.

La rue des Philosophes
est l’une des moins
fréquentées
mais des plus
encombrées.

La Rue du Poète Classique
est perpendiculaire
en son milieu avec
la rue du Poète libéré.
Un petit clin d’œil au surréalisme dont Eric est, comme chacun le sait, l’un des grands prêtres.
La Rue du Surréalisme
commence quelque part
& finit
On ne sait où.

Un signe de complicité aux épicuriens

La Rue de la Soif
est plus courte
de la ville
mais elle paraît
excessivement longue
à certains.

Et un bon coup de pied aux fesses des politiciens qui embrouillent trop souvent la vie des poètes et des philosophes.

Il est assez dangereux
de s’aventurer
dans la Rue des Politiciens :
il faut éviter
les coups de langues de bois
les jets de pot-de-vin
les rafales de fausses promesses
& autres armes
De destruction massive
De la démocratie.

Un recueil drôle, inventif, impertinent, même si l l’auteur y fait preuve de moins de virulence que dans des textes précédents, tout est plus doux, plus insidieux peut-être ? Une rupture ? Plus certainement un écart temporaire, un détour, une pause rafraîchissante… au final un bon moment de lecture en harmonie avec les douces journées de printemps qui ont accueilli cette publication.

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