Le Cerveau de cristal: Ce que nous révèle la neuro-imagerie
de Denis Le Bihan

critiqué par Colen8, le 19 mai 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Le cristal, c’est la transparence
Il y a eu la radiographie puis le scanner (rayons X) qui donnent une image des tissus durs. Ensuite sont apparus successivement la TEP (émission de positons), l’IRM (aimantation) apportant plus de précision sur les tissus mous et donc sur le cerveau jusqu’alors masqué par la boite crânienne. Avec l’imagerie fonctionnelle (IRMf) débute l’observation du débit sanguin des zones cérébrales activées par stimulation. Le corps humain étant constitué d’eau à 90% dans les cellules et autour d’elles, une hypothèse audacieuse a été émise, confirmée malgré le scepticisme habituel de la communauté scientifique. Les développements ont prouvé qu’il suffisait d’afficher la vitesse de diffusion des molécules d’eau constitutives des neurones, de leurs axones et des dendrites car celles-ci se comportent comme des nano-dipôles électriques sous l’IRM. Mais la réalité n’est pas si simple.
Un nombre incalculable de disciplines ont été mises en œuvre pour atteindre ce degré inouï d’investigation qui permet de voir les images en temps-réel de la pensée activant la neurobiologie moléculaire sous-jacente. C’est par la convergence dans l’esprit des chercheurs de la physique fondamentale, de la chimie, de la génétique, de la neurologie, de la psychiatrie, des mathématiques et de l’informatique qu’ils sont parvenus à de tels résultats formant la base des neurosciences. Leurs applications s’enrichissent de jour en jour : diagnostic et traitement de maladies mentales telles la schizophrénie ou l’autisme, diagnostic précoce de tissus lésés préalablement à un AVC ou à une tumeur, prédisposition à l’épilepsie. Certains patients ont pu bénéficier d’une prise en charge autre que par les médicaments dès lors que l’on savait quelles anomalies étaient détectées dans quels sous-ensembles cérébraux.
Médecin en neuro-anatomie, physicien spécialisé dans l’imagerie médicale dont il est l’un des pionniers Denis Le Bihan a grandement contribué depuis des décennies à l’exploration fonctionnelle du cerveau, l’organe resté le plus longtemps un mystère pour les anatomistes et les physiologistes. Il raconte ici ces étapes successives quand aujourd’hui découvrir le cerveau dans ses intimes retranchements est devenu presque banal. Ses recherches des années 80 et 90 ont été réalisées en partie avec les chercheurs américains du NIH (National Institute of Health), en partie avec les japonais de l’université de Kyoto. Dans les années 2000 il a proposé le lancement d’un programme international prestigieux d’imagerie à champ magnétique intense devenu le NeuroSpin dont il assure la direction sur le site du CEA de Saclay. Les médias ont montré récemment la livraison de l’aimant géant qui ouvre un chapitre encore plus prometteur dans l’interprétation du fonctionnement biologique et psychique du cerveau.