Le Vétéran - Tome 01
de Frank Giroud (Scénario), Gilles Mezzomo (Dessin)

critiqué par Shelton, le 12 mai 2017
(Chalon-sur-Saône - 61 ans)


La note:  étoiles
Un bon premier album et on attend la suite...
Qu’il est beau et fier ce vétéran des combats épiques de l’Empire, ce bel homme, cet officier brillant, ce blessé de Waterloo, ce capitaine Maxime Danjou… Enfin, c’est ce que nous pensions tous jusqu’à sa sortie de l’hôpital du Val-de-Grâce… car à partir de là, tout bascule !

En effet, notre vétéran a été blessé à la tête et il se pourrait bien qu’il ne soit pas celui qu’il croit être… L’amnésie est un mal que beaucoup d’anciens soldats connaissent… Blessure à la tête, traumatisme suite à l’horreur des combats… Oui, tout cela est d’autant plus possible que la psychiatrie de l’époque est balbutiante…

Autour de ce pauvre Maxime Danjou, Mathilde Brunoy semble se battre pour se faire reconnaitre, pour sortir le rescapé de Waterloo de son illusion, car pour elle aucun doute, Danjou n’est pas Danjou, Danjou est son mari et son mari est Théodore Brunoy…

Très vite le lecteur comprend bien que le scénariste Franck Giroud se joue de lui – enfin de lui le lecteur et/ou de lui l’officier de l’Empire – et que le chemin de la vérité ne sera pas si simple à mettre en place… Le lecteur hésite – parce que le scénario est parfaitement bien construit et ajusté au millimètre – entre l’amnésie et la machination, la folie et l’entreprise criminelle, le drame militaire et la destruction familiale… et on finit par imaginer le pire comme si Franck Giroud était devenu un complotiste de bas étage… En tous cas, on a le sentiment que ce pauvre vétéran aimerait bien savoir qui il est et qu’il fait tout pour le savoir… Arrivera-t-il au bout de sa quête, tel est l’enjeu de cette bande dessinée et le tome 2 devrait répondre à cette question en clôturant le diptyque initial de cette série…

Initial ? Oui, parce que la porte semble ouverte à une histoire plus longue si elle trouve ses lecteurs…

Je suis fasciné par la capacité de ce scénariste à nous inventer des histoires si fortes, si crédibles et complexes ! Il a réellement du talent ce Giroud et on en est d’autant plus certain que l’on a déjà été manipulé par lui et ses scénarios, de Louis la Guigne à Secrets en passant par Le Décalogue, Quintett ou Azrayen’. Il est tellement prolixe, j’ai tellement aimé ses bédés que je ne saurais même pas vous dire par où commencer tant les chefs d’œuvre sont nombreux chez lui… Allez, pour ceux qui ne connaissent pas jetez un œil à Quintett et vous allez être surpris ! Ici, il nous plonge dans un thriller psychologique et historique de toute beauté… et j’adore !

Le dessin de Gilles Mezzomo – lui aussi est plus un vétéran qu’un débutant car on lui doit des séries comme Luka ou Ethan Ringler pour rester dans ce que j’ai beaucoup aimé – est parfaitement adapté et pourtant ce n’était pas gagné. Tous les dessinateurs qui se sont plongés dans l’Empire savent bien que c’est un piège : les spécialistes, experts et maniaques de cette période sont tellement à l’affût de la moindre faute de costume, du moindre bouton de travers, de l’uniforme raté, que parfois cela déclenche la paralysie de l’artiste ! Ici, cela pousse Gilles Mezzomo à sortir de ses sentiers habituels et maitrisés pour donner le meilleur de lui-même et le résultat est de toute beauté : narration graphique dynamique et tonique, personnages crédibles, époque rendue parfaitement… Que du bonheur !

Attention, nous ne sommes pas dans une bande dessinée napoléonienne classique, car ici nous sommes bien au lendemain de la grande défaite de Waterloo, donc sous la Restauration et l’enjeu n’est pas dans la chose militaire pure mais bien dans la psychologie du Vétéran ou dans une grande affaire criminelle et dans les deux cas c’est très réussi !