La confession de la lionne
de Mia Couto

critiqué par Myrco, le 29 octobre 2017
(village de l'Orne - 69 ans)


La note:  étoiles
Déroutant et envoûtant à la fois
L'auteur nous confie dans une note liminaire avoir puisé son inspiration dans des circonstances auxquelles il fut directement confronté dans le cadre de ses missions professionnelles: les attaques d'un village isolé, par des lions mangeurs d'hommes.
De ces évènements tragiques et de la fréquentation de leurs acteurs, il tire un récit étrange et envoûtant, une fable troublante dans laquelle on ne sait plus très bien qui est l'homme (ou la femme) ou l'animal, pétrie des mystères de l'Afrique ancestrale, de ses légendes et de ses mythes, de ses rituels et de ses croyances, en même temps qu'il nous immerge dans une réalité pesante de tensions, de discriminations et de mal-être de ses personnages.

Deux voix alternent et structurent le récit: celle de Mariamar, la sœur de l'une des victimes et celle d'Arcanjo Baleiro, le chasseur envoyé sur les lieux pour résoudre le problème. Tous deux vont dévider peu à peu le fil de leurs histoires respectives, de leurs tragédies personnelles qui trouvent leur source dans la violence faite aux femmes dans ces sociétés, thème majeur qui m'est apparu comme le fil conducteur du roman.
"Dieu a déjà été femme": ainsi commence-t-il en effet, nostalgie d'un monde originel mythique, harmonieux, où le mâle n'avait pas encore imposé sa violence dominatrice dans un monde où désormais "le vrai nom de la femme est oui", condamnée à tenter d'échapper à ses frustrations à travers ses fantasmes et ses rêves de transgression, jusqu'à la folie peut-être parfois.
Je dois avouer avoir été souvent déroutée par ce récit, riche de pistes d'interprétation, dans lequel l'auteur semble se complaire à brouiller nos repères, à nous balader à la frontière du réel.

Reste la beauté magique de l'écriture de Mia Couto qui, si elle n'est pas aussi inventive que dans "L'accordeur de silences" baigne toujours dans une tonalité poétique tout à fait singulière et son art, ici, de cultiver le mystère, de le renouveler au fur et à mesure qu'il le dissipe.