La danse des ardents ou La vie de Masaniello
de Jean-Noël Schifano

critiqué par Pucksimberg, le 20 avril 2017
(Toulon - 37 ans)


La note:  étoiles
L'histoire de Masaniello dans une Naples bouillonnante. Poétique, charnel et sanguin.
Jean-Noël Schifano plonge son lecteur dans la Naples du 17ème siècle, la ville de Masaniello, ville tumultueuse, vivante et fascinante. Le personnage de Masaniello est connu en Italie pour avoir été à la tête d'une révolte contre la puissance espagnole qui exerce son emprise sur la ville, accompagné de son amante Berarda. L'auteur évoque les parents de ce personnage, sa jeunesse avec les enfants des rues, violents, insouciants et instinctifs. Il évoquera aussi l'importance qu'il va acquérir, lui le petit pêcheur, et l'impact qu'il aura sur l'histoire de sa ville. Tout en basculant dans la démesure.
Ce roman n'est pas un roman purement historique. Tout d'abord, étant donné le siècle, l'auteur a évidemment romancé cette histoire, bien que l'ancrage soit véridique avec une quantité considérable d'individus ayant réellement existé, L'auteur a donné chair à ce personnage, lui insufflant la vie avec ses qualités et ses défauts. Ce protagoniste est profondément humain car il existe dans sa noirceur et sa force. De plus, l'écriture de Schifano est très belle, métaphorique et poétique. Le choix du vocabulaire, la beauté des images et la puissance de certaines évocations m'auraient presque autorisé à classer ce roman dans le genre poétique.

L’atmosphère napolitaine est magnifiquement rendue. Certaines scènes sont de véritables tableaux qui nous permettent de plonger complètement dans cet univers littéraire si fort. Tous nos sens sont convoqués. Et ce Vésuve, menaçant, semble donner de sa fougue à ce peuple ardent, brûlant et sanguin. La violence et la sensualité s'entrelacent. La vie dans le sud de l'Italie n'est pas morne, elle est vibrante, pour le meilleur et pour le pire. Il y aurait de nombreux exemples à donner pour justifier cette vivacité : la scène de noce, l'éruption volcanique que le lecteur vit de l'intérieur avec intensité,la révolte ...

Les premières pages du roman m'avaient un peu décontenancé et me laissaient penser que ce roman serait un simple roman historique, avec des détails précis et purement informatifs. Il faut passer ces premières pages pour entrer dans cet univers palpitant.
La langue est poétique, mais aussi populaire quand il s'agit de donner la parole aux personnages, dans un napolitain chantant. Jean-Noël Schifano, passionné par la ville de Naples, communique cette fascination pour cette ville en la montrant nue, telle qu'elle est. Lorsqu'il la compare à une sirène, le lecteur est complètement envoûté par ce cadre empli de mythes et de superstitions et de violence et de sensualité.

Ce roman est vraiment une belle découverte. Et puis lire une telle plume est un véritable plaisir !