Trois saisons d'orage de Cécile Coulon

Trois saisons d'orage de Cécile Coulon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Killing79, le 17 avril 2017 (Chamalieres, Inscrit le 28 octobre 2010, 39 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 727ème position).
Visites : 1 590 

Dans les griffes du drame

Présentation de l'éditeur
Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d'un pays qui s'en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d'une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L'histoire d'André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu'il en reste.


Mon avis: J’habite dans la région clermontoise depuis quelques années. Dès mon arrivée, j’avais entendu parler de Cécile Coulon, l’écrivaine précoce qui faisait la fierté des libraires de la ville. Il a fallu qu’elle sévisse pendant dix ans avant qu’enfin je m’attarde sur son cas et puisse me faire ma propre idée.

Dès les premières pages, on est emporté dans un lieu isolé. Une communauté va naître de cette campagne profonde et bientôt vivre en quasi autarcie. On va suivre alors l’évolution d’une famille au centre de la collectivité. Le bonheur s’installe petit à petit, l’ensemble des éléments concorde parfaitement et rien ne semble pouvoir ternir l’avenir de ces gens. Tout leur réussit. Mais c’est bien sûr sans compter sur le destin, qui a décidé de déposer un (gros) caillou dans cet engrenage pourtant bien huilé.

A travers l’histoire de ces trois générations, Cécile Coulon traite plusieurs sujets. Elle aborde les différends qui peuvent exister entre la campagne et la ville, avec les a priori et les craintes de chacun des camps. On peut donc transposer son récit dans n’importe quel endroit du globe, les règles semblent toujours les mêmes. Elle analyse aussi les relations humaines, pleines de réactions incontrôlables. A l’intérieur de ce milieu reclus, les sentiments sont condensés et les émotions démultipliées. Le moindre petit incident peut remettre en cause la pérennité de la société. Et lorsque que l’accroc en question touche au sexe et à l’amour, le drame n’est jamais vraiment loin.
J’ai été tout simplement épaté par le talent de Cécile Coulon. Malgré son jeune âge, sa plume est admirable et exigeante. Il se dégage de son texte une maturité et maitrise assez saisissantes. Elle a su sublimer l’atmosphère sombre des lieux et exalter les sentiments des acteurs, pour créer un suspense autour du drame annoncé. Sans pathos mais avec une grande puissance narrative, elle a pu ainsi m’attirer de manière implacable dans son piège tragique.

Je ressors donc ravi d’entre les griffes de ce court roman et ce sera avec un certain engouement que je partirai en quête d’autres œuvres de la brillante Cécile Coulon.

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Un monde parfait ?

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 59 ans) - 5 septembre 2019

Juste après la seconde guerre mondiale, l'auteure nous plonge à "Les Fontaines" au lieu dit "Les Trois Gueules".
Trois générations vont y vivre selon leurs choix. Ils font ce qui leur semble juste et tout leur réussit. Sous les yeux du Père Clément, le curé du village, celui qui n'a pas de vie mais qui se sent assez détaché pour comprendre et absorber celle des autre, l'existence paisible de ce monde clos s'écoule avec lenteur. On dirait que la bobine du film s'est trompée de vitesse et que l'action se passe au ralenti.
Mais ce petit univers parfait aura sa faille, son erreur, le grand boum était prévu, on le sentait et le voilà !

Cécile Coulon déroule dans les cinquante premières pages un style sublime. Tenir le rythme à une telle ampleur tout un livre relèverait de l'exploit et je pense que l'auteure avait trop de choses à dire pour garder une telle poésie.
Aussi peu à peu il est curieux de constater que les personnages se refroidissent, le lecteur devient plus lointain et perd peu à peu l'empathie de cette famille.

Il n'en demeure pas moins un excellent roman avec une fin puissante.

Qu'a voulu dire exactement l'auteure ? Quel est le message sous-jacent, le fil conducteur ? La réponse se trouve sans doute dans une réflexion à froid après lecture.

Pourtant que la montagne est belle !

10 étoiles

Critique de Isis (Chaville, Inscrite le 7 novembre 2010, 74 ans) - 8 novembre 2017

Cette véritable tragédie grecque moderne se déroule en trois scènes et sur trois générations dans un décor aussi grandiose qu’isolé et sauvage. Une gageure pour André, ce jeune médecin, de s’installer dans ce coin perdu, ce village des Fontaines au cœur du Massif Central qui, au fil des ans, grâce à la persévérance d’hommes tels que lui, enregistrera une formidable poussée démographique, la création d’un collège, d’un restaurant etc...

Le fils d’André, Benedict, suit les traces de son père dans la carrière médicale et ce dernier souhaiterait bien que sa fille prenne plus tard la relève. Mais Bérangère hésite sur son avenir ; elle est sûre d’une seule chose : elle restera dans ce village auquel elle est indéfectiblement attachée et épousera Valère, un jeune paysan dont elle est très amoureuse depuis le plus jeune âge.

Mais les forces de la nature et du désir viendront quelque peu bouleverser ce beau projet et donner naissance à un lourd secret dont le seul dépositaire est aujourd’hui Clément, le narrateur et le prêtre du village, témoin muet de cette histoire « bouche cousue sous l’œil de Dieu ».

Une montée en puissance d’un suspense implacable dont les épisodes s’enchaînent lors de la Fête annuelle des Fontaines qui, un jour, tourne de la réjouissance au drame. Mais… chut…N’en disons pas plus !

La force des lieux

9 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 61 ans) - 13 septembre 2017

Pour sauver leur entreprise de la faillite due aux grands groupes miniers, géants industriels, les frères Charrier prennent le risque de partir vers l'intérieur du pays et s'installent dans le village perdu des Fontaines. Rapidement, ouvriers et paysans s'entendent, ou plutôt se supportent ; "en inaugurant leur premier forage, ils permettaient au village d'entrer lui aussi dans une nouvelle période", transformant l'ancien hameau en village vivant, autour de la place, du café-épicerie, du restaurant, du cabinet médical puis de l'école, du collège, de la Fête des Fontaines. En dix ans les 150 âmes sont arrivées à 1000.

Au début, j'ai été un peu frustrée de ne suivre ces personnages attachants que sur leurs premières années d'adultes, ces années entre la sortie de l'enfance, d'adolescence et l'entrée dans l'âge adulte, cette période des choix de vie, où chaque individu se définit, où il doit prendre et assumer SES décisions.
D'André qui le premier choisira d'être médecin aux Fontaines, à Bénédict son fils puis Bérangère seule native des Trois-Gueules.
Et puis la famille de fermiers de Maxime à Valère.

L'auteure grâce à son admirable écriture, magnifie le décor, les lieux qui deviennent le "personnage" central de ce roman.
L'attraction de ce site isole les hommes, influe sur leurs vies, exerce un magnétisme dont on ne peut plus se passer, enfer pour les uns, paradis pour les autres ;
"Son grand-père (André) n'acceptait pas qu'on puisse croire à la magie d'un enfant né d'une mère vierge. Pourtant , comme beaucoup aux Fontaines, il admettait la présence d'une force aux Trois-Gueules. Elles le dépassaient."
Un roman d'une grande force, superbe et envoûtant.

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