Le Faucon des mers
de Rafael Sabatini

critiqué par Fanou03, le 7 avril 2017
(* - 42 ans)


La note:  étoiles
La revanche d'Olivier Tressilian
Sous le règne de la Reine Elizabeth 1ère d’Angleterre, Sir Olivier Tressillian fréquente la belle Rosamonde Godolphin. Mais le frère de Rosamonde, Peter, n’apprécie pas la famille Tressillian. Au cours d’une dispute sans témoin, Lionel, le frère cadet d’Olivier, tue Peter. Mais du fait de sa réputation de batailleur, tous les soupçons se dirigent vers Olivier qui se refuse pourtant à dénoncer son frère. Lionel, aux abois, y voit l’opportunité de faire main basse sur le domaine familial. Il fait enlever Olivier par des pirates, menés par le vénal Jasper Leigh.

Sacré roman d’aventure et de piraterie que ce Faucon des mers ! J’insisterai tout d’abord sur sa très grande qualité d’écriture (et il faut saluer sans doute là aussi le travail du traducteur). La prose, magnifique, s’inspire du style flamboyant du dix-septième siècle. Le vocabulaire, souvent recherché, ou peu usité (c’est la première fois que je vois par exemple quelqu’un être traité de rodomont !) donne beaucoup de cachet au récit. Cette richesse syntaxique, ainsi que le rythme très agréable du phrasé, participe à la réussite des descriptions, fort vivantes et colorés, à l'image de celles des souks d’Alger. Si vous ajoutez à tout cela l’art de la composition de Rafael Sabatini, cela donne naissance à quelques passages d’anthologie (je pense notamment à la vente aux enchères de Rosamonde sur le marché aux esclaves, éminemment cinématographique).

On pourrait reprocher au roman de baigner dans la théâtralité: cela ne m'a pas gêné, bien au contraire, car elle est exploitée de façon fort équilibrée et vient renforcée la mise en scène. Cette théâtralité se retrouve ainsi dans les échanges entre les personnages. Ils font écho, dans la façon dont ils sont menés, à des dialogues de tragédie, très enlevés, jouant sur les sentiments et la psychologie. On pourrait aussi évoquer la situation de départ, quasiment cornélienne, avec ses dilemmes, ses trahisons, ses retournements de situation, ses appels à l’honneur ou à la forfaiture, que n’affadit même pas une conclusion des plus classiques.

Outre la qualité littéraire déjà évoquée, l’originalité du Faucon des mers se trouve dans le fait que nous sommes plongés, pour une bonne partie du livre, du côté des pirates barbaresques musulmans, qui écument la Méditerranée, à partir de leur base d’Alger. La plume de l’écrivain se montre assez juste, me semble-t-il (malgré un orientalisme parfois excessif) dans la peinture de cette culture. Dans ce décor oriental, Olivier Tressilian, devenu par le hasard du destin un redoutable capitaine barbaresque, renvoie dos-à-dos Christianisme et Islam, leur préférant comme religion le courage et le sens de l’honneur.