Pourquoi écrivez-vous ? : 400 écrivains répondent
de Auteur inconnu

critiqué par Septularisen, le 2 avril 2017
(Luxembourg - 52 ans)


La note:  étoiles
POURQUOI ÉCRIVEZ-VOUS?
La première enquête « Pourquoi écrivez-vous ? » fut publiée en 1919. Les surréalistes de l’époque posaient la question à leurs contemporains, mais à quelques exceptions près (Giuseppe UNGARETTI, Knut HAMSUN…), ils n’interrogeaient que des écrivains français. Certaines réponses sont d’ailleurs restées célèbres et ont traversé le temps. Blaise CENDRAS : «Parce que», Paul MORAND : «Pour être riche et estimé», Jean PAULHAN : « Mais enfin, j’écris peu, votre reproche me touche à peine », ou encore Paul VALERY : «Par faiblesse»…

En 1988, deux journalistes de « Libération », Daniel RONDEAU et Jean-François FOGEL choisirent de reposer la question, mais cette fois-ci aux écrivains du monde entier. Plus de quatre cents écrivains ont répondu, leurs réponses constituent la matière première de ce livre. Il est d’ailleurs étrange de constater que la plupart des écrivains essaient de faire plus que de simplement y répondre, ils essayent de la dominer ! C’est pourquoi cette enquête se présente vraiment comme un atlas littéraire (ou un état des lieux) de l’époque. En effet le monde a depuis lors bien changé.
Certains pays ont disparu (URSS ; RDA ; Yougoslavie……), de nombreux écrivains nous ont quittés, (André BRINK, William STYRON, Jorge AMADO, Reinaldo ARENAS, Maurice BLANCHOT…), certains écrivains sont tombés dans les "limbes" de l’oubli littéraire, (Lars GUSTAFFSON, James BALDWIN, Giorgio CAPRONI, Bo CARPELAN, John HAWKES…), et d’autres qui n’étaient alors que de jeunes écrivains prometteurs, ont connu la gloire et sont aujourd’hui célèbres dans le monde entier (Patrick MODIANO, Mario VARGAS-LLOSA, Haruki MURAKAMI, Jean Marie-Gustave LE CLEZIO, William BOYD…).

Il m’est bien sûr impossible de présenter toutes les réponses de tous les écrivains du monde entier, d’autant que certaines réponses font plusieurs pages. Je ne résiste toutefois pas à en citer quelques-unes, parmi les plus « lapidaires » (à prendre dans le sens de courtes…), qui sans doute comme certaines des réponses de 1919, traverseront le temps…

Samuel BECKETT : « Bon qu’à ça ».

Wole SOYINKA : « C’est mon côté masochiste, je suppose ».

Graham GREENE : « Par nécessité. Lorsque j’ai un furoncle, je le presse quand il est mûr ».

Manuel VASQUEZ MONTALBAN : « J’ai commencé à écrire parce que je voulais être grand, riche et beau ».

Philippe SOUPAULT : « Parce que cela m’amuse ».

Antonio LOBO ANTUNES : « J’écris parce que je ne sais pas danser comme Fred ASTAIRE ».

Gunter GRASS : « J’écris parce que je ne peux pas faire autrement ».

Wang MENG : « J’écris parce la belle vie est trop courte ».

Doris LESSING : « J’écris parce je suis un animal écrivant ».

Ernst JUNGER : « Je ne le sais pas moi-même ».

Lawrence DURREL : « Pour me surveiller ».

Sandor WEORES : « Parce que j’en ai envie. C’est une contrainte intérieure ».

Peter HANDKE : « Pourquoi j’écris ? Je ne sais pas. Peut-être demain ».

Yusuf IDRIS : « J’écris parce que je vis et je continue à écrire parce que je veux vivre mieux ».

Françoise SAGAN : « Parce que j’adore ça ».

Juan GOYTISOLO : « Si je le savais, je n’écrirais pas ».

Isaac ASIMOV : «J’écris pour la même raison que je respire, parce que si je ne le faisais pas, je mourrais ».

(…)

Je ne résiste pas au plaisir de vous en citer une petite dernière que j’ai trouvé parmi les plus belles réponses, très poétique, du Tchèque (de ce qui à l’époque s’appelait encore la Tchécoslovaquie) Jaroslav SEIFERT (1901-1986, Prix Nobel de Littérature 1984, déjà critiqué par ailleurs sur CL):

«Je ne vous dirais rien de nouveau. Ce n’est peut-être que ce désir qui existe en chaque être de laisser derrière lui une trace, ne serait-ce que la signature d’un doigt sur un miroir embrumé ».

Un livre indispensable…