Le bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin

Le bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Hcdahlem, le 30 mars 2017 (Inscrit le 9 novembre 2015, 59 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (20 712ème position).
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Le Bureau des Jardins et des Étangs

Après Le Maître, le très taoïste roman de Patrick Rambaud, Monsieur Origami, le très artistique et poétique roman de Jean-Marc Ceci, voici Le Bureau du Jardin et des Étangs, le très romantique et parfumé roman japonais de Didier Decoin. Ce délicieux conte initiatique nous fait cheminer dans le Japon du XIIe siècle, dans le sillage de Miyuki qui vient de perdre son mari. Ce dernier était un pêcheur, chargé de fournir les poissons pour les étangs de la cité impériale. «Katsuro ne posait pas de questions. Il était le meilleur pêcheur de carpes de la Kusagawa».
Pour le village tout entier il est essentiel de continuer les livraisons afin de préserver un statut privilégié et pour Miyuki il est tout aussi important de poursuivre l’œuvre de son mari, même si la route jusqu’à la capitale n’est pas aisée à suivre. D’autant qu’elle devra faire la route chargée d’un lourd fardeau. Huit des plus vigoureuses carpes pêchées par Katsuro sont placées dans chacun des deux récipients qu’elle porte, amarrées à une perche.
Le courage et la détermination de Miyuki nous pourront toutefois éviter la perte de la quasi-totalité du précieux bagage. Ce sont à la fois les difficiles conditions topographiques, climatiques et les rencontres qu’elle va faire qui vont entraîner cette hécatombe. Dès lors, faut-il poursuivre la route ? La réponse viendra d’un sage homme qui croisera sa route, lui apportant par la même occasion la preuve qu’il n’y a pas que des personnages mal intentionnés sur sa route : « Il y a toujours du sens à continuer d’agir comme on doit dit Togawa Shinobu, même si l’on croit que cela ne sert plus à rien. Mon désir est de vous aider à prendre conscience de cette vérité. »
Okono Mitsutada, patron d’une barque de pêche, va lui proposer de la renflouer, moyennant un petit service. Elle s’offrira en tant que Yŭjo à un riche client et sera couverte de cadeaux. Miyuki accepte cette proposition non sans crainte, elle qui n’a jamais connu d’autre homme que son mari («quand il est mort nous étions encore en train de nous étonner l’un l’autre») et avait jusque-là refusé de jouer les «empileuses de riz».
Cette expérience va non seulement la transformer, mais révéler à son client le parfum étrange de sa concubine. C’est cet aspect qui va, au-delà des malheureuses carpes, plaire au directeur du Bureau des Jardins et des Étangs. Car en sa qualité de responsable de l’acclimatation des arbres aromatiques, il est le gardien du livre des mille odeurs et entend bien participer aux côtés de l’empereur au concours de compositeur de parfum. Le thème choisi est cette fois l’image d’une demoiselle des brumes franchissant un pont en dos d’âne.
Laissons au lecteur le soin d’imaginer quel rôle jouera Miyuki durant cette épreuve. Toujours est-il qu’elle pourra reprendre le chemin du retour vers son village – toujours autant parsemé d’embûches – enrichie d’expériences nouvelles. Il paraît que « les dieux avaient créé le néant pour persuader les hommes de le combler». Une jeune femme qui semblait traverser «la vie en sautillant d’une ignorance à l’autre» va nous apporter une preuve étincelante qu’il y a bien des manières de conjurer le sort. Et Didier Decoin va, une nouvelle fois, nous enchanter. En nous entraînant, après La pendue de Londres, sur un terrain aussi inattendu qu’éblouissant. http://urlz.fr/52NE

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très belle écriture...

8 étoiles

Critique de Deashelle (Tervuren, Inscrite le 22 décembre 2009, 9 ans) - 12 décembre 2017

...poétique et sensuelle qui réverbère les atmosphères du Japon ancien, magnifiquement documenté! On s'attache à cette femme, seule, face au monde des hommes et des femmes ordinaires, du pêcheur à l'empereur. Elle déborde d'amour, elle est source et océan, générosité, devoir et espoir d'un monde meilleur à la fois. Gardienne de l'innocence de la jeunesse et vestale de l'amour vrai, elle dénonce les moindres hypocrisies, opposant une énergie vitale hors du commun, héroïque. Son sens du service dépasse l'imagination. Et la fin du livre qui ouvre sur l'espérance d'un monde nouveau, résonne comme un conte que l'on referme avec admiration. Quelle ode à la vie et à la résilience!

Grande perplexité

7 étoiles

Critique de Falgo (Lauris, Inscrit(e) le 30 mai 2008, 79 ans) - 13 novembre 2017

Il faut saluer l'énorme effort de documentation sur le Japon ancien réalisé par Decoin pour dessiner ce conte. Car il s'agit très probablement d'un conte retraçant le voyage de Miyuki de son village à la cour de l'empereur. La langue est belle, le dépaysement garanti dans les arcanes de ce monde de moi inconnu, l'époque est sans doute bien retracée et le tout baigne dans une sorte de féerie qui mêle poésie et détails ordinaires, comportant en plus un grand nombre de péripéties, rendues cohérentes dans un récit bien conduit.
Comment se fait-il donc que je n'ai à aucun moment accroché à ce texte? Il m'a paru insipide, tellement loin d'une réalité quelconque, relevant d'une imagination certes débordante mais vaine. Aucun personnage ne m'a paru receler de la densité, sorte de marionnette entre les mains de l'auteur qui peut en faire ce qu'il veut. Et ce qu'il en a fait ne m'a jamais intéressé.

Une histoire fruste dans un style sensuel

6 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 51 ans) - 3 août 2017

Au XIIème siècle au Japon, Miyuki vient de perdre son mari pêcheur qui s'est noyé. Elle doit transporter des carpes vers l'étang de l'empereur à Heiankyo, mais ce voyage est périlleux pour une jeune femme seule et pauvre. Elle devra affronter la convoitise, la malveillance, les superstitions de son temps, les conditions climatiques et géographiques ardues, l'inconnu, avec pour seules armes sa ténacité et sa simplicité.
L'auteur décrit la tristesse de cette veuve qui aimait sincèrement et simplement son mari. Et surtout, il évoque de manière remarquable de nombreuses senteurs liées à la nature, le milieu des pêcheurs et des villages de l'époque. Par contre, les scènes érotiques et allusions au sexe sont omniprésentes et tellement nombreuses que cela devient lassant à la longue.

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