Le livre de la faim et de la soif
de Camille de Toledo

critiqué par Psychééé, le 30 mars 2017
( - 29 ans)


La note:  étoiles
Repue mais confuse
Il est assez rare que le livre lui-même soit le personnage central du roman pour ne pas remarquer cette originalité. Un roman inclassable, situé entre le conte, le roman picaresque, le rêve et la réalité au titre tellement intriguant et prometteur. Le livre se veut le maître et le dactylographe, son esclave chargé de noter ses flots de pensées incessants pour nous interroger sur le monde.
Le livre pressent l’Apocalypse, alimentée par toutes les haines passées et inscrites dans l’Histoire. Selon lui, les mythes nous poursuivent, nous ne sommes pas libres et nous retrouvons ancrés dans le passé, dans un monde ancien qui ne parvient pas à se transformer en avenir. Son point de vue n’est d’ailleurs pas dénué de sens. Il se dit impuissant et maudit face au savoir qu’il aimerait oublier, définitivement, et réécrire les mythes. Il voudrait pouvoir écrire l’histoire et non la subir.
Pour explorer le monde, le livre nous emmène dans son périple entre le banquet des origines, les hommes troncs dans le Gange en Inde, la Neva à Saint Pétersbourg, les mangas au Japon, les pins canadiens, le ski à Dubaï, la Reine et le Qatar, Moïse et la mer qui s’ouvre en deux, un meurtrier des westerns… Il est évident qu’il a hautement réussi le pari de nous faire voyager au sens large du terme et à nous emporter loin. Trop loin peut-être. En ce qui me concerne, je suis arrivée à destination à bout de souffle et parfois déboussolée : l’auteur effectue des connexions infinies pas toujours faciles à suivre, des récits suspendus que l’on retrouve néanmoins dans la suite de l’histoire, des histoires devrais-je dire, si tant est que l’on parvienne à faire le lien. On assiste à l’impuissance du livre et à son désarroi face au monde. Difficile de ressortir de ce maelström totalement clairvoyant ; moi qui d’ordinaire affectionne les histoires imaginaires farfelues me suis trouvée aussi confuse que le livre et finalement contente d’en venir à bout.