Ce que tient ta main droite t'appartient de Pascal Manoukian

Ce que tient ta main droite t'appartient de Pascal Manoukian

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 16 mars 2017 (Inscrite le 22 novembre 2016, 53 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (9 941ème position).
Visites : 935 

Une claque !

Karim et Charlotte avaient tout pour être heureux. Charlotte portait la vie en elle, et il a suffi de quelques secondes pour que tout bascule. Un rendez-vous avec des copines pour fêter cette grossesse à la terrasse du "Zébu Blanc" à Paris. Aurélien et un comparse font irruption , une arme au poing, la fusillade éclate et ils se font sauter semant l'horreur.


Karim perd tout et veut comprendre pourquoi.
Karim est d'origine algérienne, musulman d'origine, il croit dans un islam de paix et de partage.
Aurélien, l'un des terroristes était de son quartier, français de souche, il laisse une mère dévastée. Karim veut comprendre le chemin de la radicalisation et venger sa douce Charlotte.

Il va passer de l'autre côté, il s'inscrit sur Facebook sous un faux profil et très vite il va être contacté et devenir un candidat au Djihad.

Il entreprend le voyage en passant par Molenbeek, un quartier de Bruxelles où il rencontre ceux qui voyageront avec lui, Lila une jeune femme (15 ans) qui croit que le voyage est réversible, qu'elle va trouver là-bas des magasins à profusion, le paradis et celui qu'elle a épousé par internet, mais aussi Anthony et sa famille, Sarah et le petit Adam de 4 ans à qui il pense donner un monde meilleur. Tous ceux qui tombent dans le miroir aux alouettes.

Ils traverseront la Turquie pour arriver en Syrie en plein coeur des bombardements face à la vraie réalité. Ils verront les camps d'entraînement où après un lavage de cerveau, ils seront prêts à tout , à devenir des bombes humaines, de vrais instruments de l' État Islamique dont la force est de ne pas compter ses victimes.

Pascal Manoukian, ancien reporter de guerre, nous montre aussi la triste réalité d'Alep et des villes sujettes aux bombardements, le triste sort des minorités yézidies occupant le berceau de l'humanité.

On entretient le peuple dans l'ignorance, bannissant les livres, la culture et la télévision.

Daech trouve sa force dans nos faiblesses, dans les carences de notre société, dans les laissés pour compte, les désenchantés plus crédules, moins cultivés, désespérés.

C'est glaçant, terrifiant, un style percutant , efficace, juste et tellement réaliste. Oh que ce livre suscite beaucoup de questions, de réflexions. Il devrait être en lecture obligatoire auprès de nos jeunes. Un récit qui m'a secouée, émue, un livre qui fait partie de ceux dont on ne sort pas indemne et qui va me poursuivre encore quelque temps. Un livre INDISPENSABLE car dans les médias on ne parle pas assez de ce qui se passe réellement là-bas, le mal n'est pas toujours là où on le pense.

Merci Julie pour cette suggestion de lecture commune. Vous trouverez son billet ici


C'est un immense ♥

Les jolies phrases

C'est simple, quand le désespoir est trop grand, il finit par rendre optimiste.

Ici au moins, avait ajouté son père, ma misère n'a gêné personne. J'étais arabe, c'était normal.

Aucun esprit sain ne peut imaginer la terreur qui règne sur les routes du désespoir, comme aucun esprit sain n'était capable d'imaginer l'horreur qui se dégageait des cheminées des camps. C'est le propre des bourreaux d'inventer des douleurs qui dépassent l'imagination. Ils peuvent ainsi assassiner les mains libres.

C'est incroyable combien leurs deux religions peuvent être capables de beauté, quand elles s'entrelacent au lieu de se détruire.

Le Coran, c'est le prolongement de la Bible et de la Torah, on y salue juifs et chrétiens. Ils sont considérés comme des peuples du Livre. Nous leur devons respect et protection. Tout musulman qui t'affirme le contraire ne mérite pas de mettre un pied dans ma mosquée.

Elle n'est plus là, mais il reste des traces d'elle partout, comme ces ombres de disparus incrustées par la chaleur de l'explosion dans le béton d'Hiroshima.

Trouver les frustrations, c'est s'ouvrir les portes les mieux verrouillées.

Au septième jour, plus un homme n'est debout, aucune volonté n'a résisté, on leur a trépané la mémoire, les instructeurs n'ont plus qu'à y plonger les doigts pour les reprogrammer.

L'inculture est le terreau de tous les fanatismes.

La bonne vieille technique du coucou : squatter le nid d'un autre. Détourner au profit du mal toutes les inventions destinées à faire du bien.

La vie est un goutte-à-goutte fragile. Elle s'égrène seconde par seconde. Un rien peut en arrêter le cours.

Voilà ce qui arrive quand le progrès n'assure plus le bonheur. C'est la religion qui prend le dessus et on peut lui faire dire n'importe quoi.

La force des barbares est d'utiliser les faiblesses de ceux qu'ils combattent. Il a suffi à Daech d'ouvrir Télé Z pour découvrir les nôtres.

La guerre fabrique des lâches ou des héros, et ceux qui la gagnent à la fin n'ont pas toujours les mains plus propres que ceux qui la perdent, mais la victoire absout leurs crimes et les transforme en actes de courage.

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Pour tenter de comprendre pourquoi...

9 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 51 ans) - 1 janvier 2018

Attentats à Paris. Des vies sont déchirées. Karim vient de perdre sa compagne, Charlotte, enceinte de six mois. Le vide qui s'ouvre devant lui et le désir de vengeance le poussent à se faire passer pour un candidat djihadiste et à prendre contact avec l'état islamique. Et il joue le jeu à fond. Il tente de comprendre, mais l'absurdité lui saute constamment aux yeux. Il se rend en Syrie et subit la déconstruction, l'embrigadement, les entraînements, les atrocités sous toutes leurs formes, etc. Le mal aura-t-il le dernier mot ?
Une fois de plus, l'auteur nous démontre l'enchaînement de la violence qui n'engendre que toujours plus de violence dans un tourbillon sans fin. Il martèle que l'abêtissement fait le lit des terroristes; il s'en prend aux médias, aux politiques (: explique les enjeux géo-politiques et financiers tapis derrière les alliances et les guerres).
Le titre fait référence à une maxime de l'état islamique qui justifie l'appropriation de toute chose ou personne pour en faire ce que bon nous semble et peut mener au vol, à l'esclavagisme, au meurtre, etc.
Excellent roman qui démonte les rouages du terrorisme, sa machine de propagande et tente de nous réveiller ! Plus percutant qu'un reportage ! Parsemé de réflexions intéressantes

l'adroite main !

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 58 ans) - 19 novembre 2017

Manoukian reste dans son thème de prédilection mais cette fois il s'attaque directement à Daech.
La part "romanesque" (car il s'agit bien d'un roman) souffre de quelques facilités qui se noient dans la force du thème.
Voici comment je développe cette curieuse idée qui me vaudra sans toute quelques inimitiés.
Charlotte va passer une soirée entre filles dans un bistrot parisien. Elle est enceinte. Son ami, Karim, la rejoindra plus tard. Mais boum attentat suicide. Pleurs, larmes désespoir. Karim est musulman mais n'accepte pas l'interprétation de d'islam des poseurs de bombes. Il fomente un projet de vengeance et hop... en deux temps trois mouvements se retrouve dans un camion sur les routes cahoteuses de Syrie pour aller au coeur de l'âme du loup ! (oups)
En 286 pages l'auteur réussit à rendre le scénario digeste, et là franchement c'est une prouesse.
Le principe de "la main droite" est bien développé c'est à dire la promesse faite aux candidats que tout sera facile dans ce monde nouveau qui leur fera oublier la vie médiocre qui est la leur et où ils ne trouvent pas leur place.
Voici une des phrases choc : "Le Coran devrait être imprimé sans les messages de haine, cela économiserait des vies et du papier". Une vérité forte, et je félicite l'auteur d'oser tenir de tels propos (qui pourrait lui valoir le sort d'Ahmed Salman Rushdie).
Mises bout à bout, toutes ces phrases bien paramétrées donnent un ensemble détonnant. On pourrait crier au chef d'oeuvre mais là je m'interroge.
Oui les idées sont bien emballées, personnellement j'y adhère mais l'oeuvre littéraire, c'est à dire la forme du texte qu'a choisi Pascal Manoukian pour véhiculer l'ensemble, me paraît un peu facile.
Mérite d'être lu (et débattu).

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