Enfantés par la tempête
de Nikolaj Alekseevič Ostrovskij

critiqué par Cyclo, le 1 mars 2017
(Bordeaux - 71 ans)


La note:  étoiles
dans la tempête révolutionnaire
Il est de bon ton aujourd'hui (et très politiquement correct) de dénigrer systématiquement la révolution russe de 1917, dont Poutine lui-même hésite à fêter le centenaire.
C'est pourquoi il est très utile de lire (ou de relier) les quelques romans soviétiques qui ont survécu à l'oubli après l'effondrement de l'URSS. Ne serait-ce que pour savoir pourquoi cette révolution, à défaut de changer le monde et de créer 'l'homme nouveau", a eu lieu, et en quoi elle ne pouvait pas avoir lieu !
Nicolas Ostrovski, auteur soviétique mort très jeune, à 32 ans, admiré par Gide, qui souhaita le rencontrer lors de son voyage en URSS, n'a publié que deux livres : Et l'acier fut trempé et ce roman-ci, inachevé, car, atteint d'une grave maladie et aveugle depuis plusieurs années, il ne put achever la trilogie qu'entamait ce dernier roman.
Mais le volume qui nous reste nous donne une idée assez exacte de ce qu'il aurait dû achever, s'il avait vécu.
Enfantés par la tempête se passe dans la partie de l'Ukraine dominée par les aristocrates polonais, pour qui les paysans et les ouvriers ne sont que vil bétail humain, à mener durement, de la racaille. Mais la Pologne se bat pour son indépendance, sous la direction de cette aristocratie terrienne. Et bien sûr, contre le nouvel état soviétique.
Il s'agit d'un roman héroïque, une sorte de roman d'aventures qui se lit d'une traite (pour ma part, en une journée), où l'on passe des châteaux aristocratiques où tout n'est que luxe, calme et... à la campagne misérable des crève-la-faim et aux villages où soudain des conseils ouvriers surgissent pour mener la lutte pour se débarrasser des maîtres.
Les personnages sont saisis dans toute leur complexité, qu'ils soient d'un bord ou de l'autre, et l'on est loin ici du réalisme socialiste tel qu'il est devenu par la suite.
C'est un livre qui m'a rajeuni et qui fait comprendre la violence des rapports sociaux, qui perdurent aujourd'hui, quoi qu'en disent les tenants de la fin de l'histoire. Tout ça se passe vers 1920, quand la jeune république soviétique devait se défendre contre des adversaires rudes...
Toute une histoire...
Excellentes préface et postface.