Le Chat Murr de Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
(Lebensansichten des Katers Murr nebst fragmentarischer Biographie des Kapellmeisters Johannes Kreisler in zufälligen Makulaturblättern)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Myrco, le 6 mai 2017 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 69 ans)
La note : 7 étoiles
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Jeux de masques

Classique du romantisme allemand, œuvre ultime et la plus célèbre d'E.T.A Hoffmann, à la fois écrivain et compositeur - entre autres -, "Le chat Murr" surprend d'abord par l'originalité de sa composition à une époque (1819-21) où l'on n'était pas encore habitués aux constructions ou déconstructions romanesques les plus sophistiquées d'aujourd'hui.
Qu'on en juge: l'ouvrage alterne les chapitres de deux manuscrits. Celui du chat qui rédige son autobiographie à l'usage de la postérité féline et celui d'une biographie du maître de chapelle Johannes Kreisler (vraisemblablement due à Maître Abraham, l'érudit magicien "propriétaire" du premier et ami du second), le chat étant supposé avoir écrit au dos des feuillets arrachés à celle-ci. La négligence de l'éditeur est censée justifier le caractère hétéroclite de l'objet final.

Contrairement au récit de Murr, linéaire, les fameux feuillets arrachés dont l'auteur voudrait nous faire croire à la présence accidentelle bien qu'ils occupent en volume une part un peu plus importante de l'ouvrage, nous sont livrés de manière fragmentaire et dans un certain désordre chronologique. C'est que derrière le jeu de masques auquel s'adonne l'auteur, sous le caractère de fantaisie extravagante que revêt l'ouvrage, ce sont bien des aspects de sa personnalité et des drames de sa vie que nous dévoile partiellement Hoffmann avec d'infinies pudeurs et nombre de dérobades dans cette œuvre écrite peu avant sa mort, œuvre qu'il aura laissée inachevée suite à la mort de son chat Murr inspirateur du récit.

Le héros semble d'abord être le chat, un animal qui plus qu'il ne parle (il ne parle d'ailleurs pas aux humains même s'il comprend leur langage) a appris à lire et écrire en cachette - autre originalité - auprès de son maître, se pique d'art et de science et se prend pour un génie. Hoffmann nous en livre un portrait non dénué d'ironie qui, s'il respecte des attributs de la félinité reproduit des traits et comportements humains, y compris de lui-même. S'y glisse le regard lucide et distancié de l'auteur notamment au-travers des leçons de sagesse de son camarade le caniche Ponto.
J'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce volet qui ne devrait pas manquer de ravir les amoureux des chats et de la littérature animalière et que l'on pourrait lire à la limite de manière totalement indépendante sauf à trahir les intentions de son auteur.

Je dois avouer en effet que le volet "Feuillets arrachés", s'il s'avère beaucoup plus révélateur de l'Hoffmann intime m'a beaucoup moins séduite. Ce second volet s'articule autour du personnage de Kreisler, récurrent dans l'œuvre, musicien un peu fou, personnage tourmenté, idéaliste et insolent, louvoyant entre l'aspiration au sublime et la trivialité du quotidien - à l'instar de Murr - qui tente de donner le change en dissimulant ses souffrances sous un "masque bouffon" et n'est autre que son alter ego. Avec lui, nous nous retrouvons au cœur d'intrigues assez sombres, confuses et alambiquées (qui n'ont pas su capter mon intérêt) dans le cadre d'une cour d'opérette, transposition de ce qu'il connut lors de son expérience de maître de chapelle à Bamberg: occasion de moquer avec allégresse l'inculture, la facticité et le grotesque des usages de ces gens qui lui auront fait subir leur prétendue supériorité. On trouvera aussi, entre autres éléments de sa vie, en filigrane, au travers du personnage de Julia Benson, la passion qu'il éprouva à 34 ans pour une de ses élèves, Julia Marc, adolescente de 13 ans, passion qu'il tente de sublimer par la création artistique.
Si j'ai apprécié l'humour et l'ironie qui traversent ce texte, ce versant apparaît beaucoup plus marqué par son époque dans l'expression exaltée des sentiments et de la mélancolie, la sensibilité maladive de certain personnage ( la princesse Hedwiga) d'où sans doute aussi une part de ma réserve.

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