Eric Clapton
de Philippe Margotin

critiqué par Numanuma, le 12 février 2017
(Tours - 44 ans)


La note:  étoiles
E.C was here
Il a beau avoir été surnommé God, un jour, c’est triste mais c’est la vie, Eric Clapton s’en ira jouer le blues pour le vieux monsieur qui aime bien se faire prier, pour citer Woody Allen. Oui, tout guitar hero soit-il, Clapton reste mortel. Mais, tout comme les pensionnaires de l’Académie Française, il passera à la postérité et deviendra un immortel.
Bien sûr, on peut trouver meilleur chanteur, meilleur compositeur, on peut trouver à la pelle des gratteux plus rapides ou plus techniques, on peut même considérer que sa vision du blues, à cause de la débauche de décibels et d’effets de manche, des solos à rallonges et de sa couleur de peau, n’a finalement que peu de rapport avec la musique apparemment frustre et acoustique née sous les doigts et les cordes vocales d’esclaves noirs, là-bas, dans les plantations du Mississippi, loin, bien loin, de l’Angleterre de l’après-guerre. Dans le Surrey, on ne trouve pas beaucoup de champ de coton…
J’ai sûrement eu l’occasion de l’écrire ici : pour moi, ce gars est l’Alpha et l’Omega de la musique que j’aime. Tout ce que j’écoute découle de sa musique à lui, ou presque. C’est le seul artiste que j’écoute régulièrement, qui a toujours sa place, quelle que soit l’humeur du moment. Il partira, le plus tard possible, et ce jour-là, je vais prendre un grand coup sur la tronche.
En attendant, ce bouquin est là pour faire un point précis sur sa riche carrière. Le fan n’apprendra rien de nouveau mais Philippe Margotin a pour lui de savoir faire les choses correctement. Les premières pages remettent la carrière de Clapton dans son époque puis déroulent les albums de God dans l’ordre chronologique. Évidemment, présenté comme ça, on doute de l’intérêt de l’ouvrage. Après tout, des chroniques de disques, on en trouve partout. Mais, d’une part, l’auteur est assez intelligent pour ajouter des infos qui ne figurent, en général, pas toujours dans les chroniques (producteur, musiciens, nombres et titres des reprises et des compositions, noms des studios), et d’autre part, le livre est richement illustré. De plus, l’auteur, très documenté, n’oublie pas les diverses et nombreuses collaborations du guitariste.
Sur ce point, un élément est étrange. L’introduction du bouquin évoque le graffiti « Clapton is God », qui a embelli un mur londonien, là-bas en 1966, sans en proposer une photo… A part cette étonnante omission, que du bon, ou presque, car certaines photos sont peu flatteuses. Par exemple, page 103, Clapton est en photo avec le producteur Simon Climie. Ce dernier ressemble à Jim Carrey qui aurait abusé du collagène alors que Clapton évoque un croisement douteux entre Droopy et un comptable mafieux qui sait qu’il va se retrouver les deux pieds dans le béton après avoir tout déballé à la police. Une autre le met en scène avec Jeff Beck, dans les années 80. Il y est méconnaissable avec son brushing et son sourire bizarre. Il a vraiment l’air de se demander ce qu’il fait là. De manière générale, les photos du bouquin m’ont permis de constater que les rockers, pour faire simple, normalement rebelles et rétifs à l’ordre établi, ont une nette tendance à tous arborer le même look : barbe, cheveux longs, clope au bec et naseaux bien cirés à la blanche.
Franchement, il n’y a rien à jeter dans ce bouquin paru en 2015. Pour 29€, ce sont 130 pages de beau papier et d’érudition à portée de tous. Malgré tout, le bouquin porte un peu à l’hagiographie : les diverses addictions de Clapton sont évoquées de manière très succincte et on a l’impression que tout ce qu’il a enregistré est bon, ce qui n’est pas le cas. Hormis ce détail qui n’est pas rédhibitoire, on se laisse porter. Il n’y manque qu’un CD pour accompagner la lecture.