La Profession de madame Warren
de Bernard Shaw

critiqué par Septularisen, le 9 février 2017
(Luxembourg - 50 ans)


La note:  étoiles
TABLEAU D’UNE SOCIÉTÉ HYPOCRITE
Au début de la pièce nous sommes à Haslemere dans le Surrey, dans le jardin d’un cossu pavillon de campagne. Nous faisons la connaissance de Vivie (dite aussi Vivo ou Viv) une jeune fille d'environ 25 ans. Celle-ci actuellement en vacances, est venue à la demande de sa mère, Mme. Kitty Warren. En effet, celle-ci veut renouer avec sa fille, qui a passé toute sa jeunesse loin d’elle à Londres, d’abord dans un noble collège, puis à l’Université.

En attendant sa mère, Vivie fait la connaissance d’un ami de celle-ci, Praed (Praddy) architecte et artiste à ses heures, et retrouve son ami d’enfance et soupirant platonique Frank, le fils du révérend Samuel Gardner, le curé de la paroisse locale. Arrive alors sa mère en compagnie de son associé, Sir George Crofts un richissime homme d’affaires d’une cinquantaine d’années.

Mme. Warren issue d’un milieu très pauvre est devenue très riche. Elle sait gérer ses affaires avec talent et énergie et d’une main de maître. Elle n’hésite d’ailleurs pas pour cela à voyager dans l’Europe entière. Elle a toutefois toujours soigneusement caché à sa fille la nature exacte de ses affaires.

Mais très vite, d’instinct, Vivie sent quelque chose de trouble dans la vie de sa mère…

«La profession de madame Warren» est une courte pièce de théâtre en quatre actes et une centaine de pages. L’écriture de SHAW est simple, sans complications et sans fioritures, le tout se lit en quelques heures.
Les personnages sont tous très fouillés, même ceux qui ne font qu’une courte apparition. Ils nous sont tellement bien décrits et présentés par SHAW qu’on les cerne, tant physiquement que psychologiquement en quelques lignes.
Le personnage de Vivie p. ex. qui s’indigne sur la vie et la profession de sa mère, est l’exemple typique de la puritaine, comme il en existe encore dans la société d’aujourd’hui. Sûre d’elle et de ses bonnes mœurs, elle en profite pour faire la morale à tous ceux et celles qui en ont une autre que la sienne!

Si le début de la pièce s’annonce comme très idyllique et très innocent, la pièce «dévie » très vite vers le grave, sans jamais tourner au vaudeville toutefois. Il faut dire que le sujet est ici grave, puisqu’il traite de la misère et de la pauvreté de l’époque, notamment chez les jeunes femmes d’origine pauvre, qui étaient parfois contraintes de se livrer à la prostitution et d’aller travailler dans des maisons closes, pour gagner de quoi se nourrir et survivre.

Comme toujours avec George Bernard SHAW, le sujet, même aussi grave qu’ici, est traité avec une certaine dose d’humour, parfois (très) grinçant. L’auteur irlandais dénonce ici une société Victorienne très puritaine, en usant d’une de ses « armes » habituelles: une bonne dose de provocation! Il faut dire qu’il fait preuve d’une lucidité sans pareille, quand il s’agit de nous présenter les «petits travers» de ses concitoyens de l’époque.
Le tout pourrait d’ailleurs tout aussi bien être transposé à notre société d’aujourd’hui

Assurément une très bonne introduction au théâtre du grand auteur irlandais, qui rappelons-le a été le lauréat du Prix Nobel de Littérature 1925.

«La Profession de madame Warren» (Mrs. Warren’s Profession, 1893) a été représenté pour la première fois, à bureaux fermés, dans une sorte de club de théâtre pour éviter la censure, par la Stage Society, au New Lyric Theatre , à Londres, le 5 janvier 1902. La pièce a dû attendre plus de vingt ans en Grande-Bretagne avant d’être jouée dans un théâtre londonien. En France, la première représentation a eu lieu en 1912 au Théâtre des Arts. La «hardiesse » du sujet retarda, là encore, de quelques dix ans la création.
«La Profession de madame Warren» a également été adaptée au cinéma, en 1960, par Ákos RÁITHONYI avec Mme. Lilli PALMER (1914-1986) dans le rôle de Mrs. Kitty Warren.