L'Ecole fantôme
de Robert Redeker

critiqué par Colen8, le 19 janvier 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Crises : de la langue française, de l’Ecole, de la vie
Philosophe, chercheur, polémiste, Robert Redeker fustige la menace de disparition de la langue française, résultat peu glorieux d’une trahison de la mission attendue de l’Ecole républicaine : faire grandir les enfants, leur assurer un socle de savoir qui les intègre à la nation, leur transmettre la beauté de la langue et de la haute culture depuis les sermons de Bossuet jusqu’à l’écriture suggestive et pure de Julien Gracq, leur élever l’âme. Revenant sur la racine grecque « skholè »(1) du terme « école », il dénonce l’invasion des industries dites « des loisirs » dans le champ scolaire transformé en une sorte de récréation permanente sans repères, ainsi que la perte du prestige des maîtres, des professeurs, des instituteurs, ravalés à un banal rôle d’enseignants. Détournée de sa mission depuis des décennies par des méthodes pédagogiques qu’il voue aux gémonies, celles-ci imposées à l’Education nationale à l’instigation de ceux qu’il nomme péjorativement « pédagogistes », l’école serait devenue selon lui un carnaval, qui plus est inféodée à l’économie. L’opinion exprimée dans cet essai à l’égard de l’école de Jules Ferry, de la culture générale inculquée par l’étude classique des « humanités » résonne malgré tout comme un combat d’arrière-garde.
Si nous (très) anciens lycéens avions dû ressentir à la lecture des « Méditations métaphysiques » de Descartes (1641) cette révélation de la vie il est curieux que nous ayons étés si nombreux à passer à côté d’un tel bonheur. Roger-Gérard Schwarzenberg avec « L’Etat Spectacle », François de Closets auteur de « Toujours plus » ont dénoncé le premier le star system en politique il y a 40 ans (1977), le second la société de consommation il y a 35 ans (1982). La révolte de l’auteur est sans doute sincère, les classements internationaux pointant l’abaissement du niveau de nos élèves le confirment. A son crédit, il ouvre une réflexion sur le sens de la vie, sur le comment on devient pleinement humain sans se laisser engluer dans des plaisirs factices et des machines créatrices d’hébétude.
(1) Terme signifiant temps libre, libre pour penser, temps pour « un loisir » sans contrainte à l’opposé du temps « des loisirs » fait de bruit qui ne déboucherait sur rien