Le retour
de Harold Pinter

critiqué par Septularisen, le 8 janvier 2017
(Luxembourg - 50 ans)


La note:  étoiles
LE PREMIER AUTEUR DE THÉÂTRE BRITANNIQUE CONTEMPORAIN
Une nuit d’été, dans le nord de Londres. Teddy (Ted) arrive avec sa femme Ruth sans prévenir dans une modeste maison ouvrière Il n’a pas de problèmes pour entrer car il a gardé sa clef. Cette maison est en effet celle où il a passé toute son enfance, avant d’émigrer pour les États-Unis il y a six ans. Il va même jusqu’à s’installer dans ce qui avait été autrefois sa chambre.

Le lendemain, au petit matin, il retrouve toute sa famille qui vit toujours dans la vieille demeure. Il y a là Max, son père âgé de soixante-dix ans, aujourd’hui à la retraite. Sam, son oncle de soixante-trois ans qui travaille comme chauffeur de limousine dans une société qui transporte des personnalités, ainsi que Léonard (Lenny) et Joey, ses frères. Lenny la trentaine est sans profession quant à Joey le cadet de vingt-cinq ans, grand sportif, il rêve de réussir une carrière de boxeur professionnel.

Ted la trentaine est le seul à avoir fait une belle carrière, il est devenu professeur de philosophie dans une université américaine et s’est marié là-bas avec Ruth, la trentaine, ancien mannequin, et qui lui a donné 3 enfants. Ce retour est pour Ted l'occasion de présenter sa femme à sa famille. Mais les retrouvailles de la famille sont particulièrement grinçantes et violentes. En effet la tension sexuelle que produit l'arrivée de Ruth sur les frères et le père de Ted devient bientôt intenable…

Comme toujours avec le théâtre d’Harold PINTER, cette courte pièce (en deux actes et moins d’une centaine de pages), sert avant tout de peinture de comportements et de mœurs. Le dialogue est ici très cru, et très direct (je ne compte plus les noms d’oiseaux…), et comporte un certain nombre de de sous-entendus, ou peut-être devrais-je dire de « malentendus », à travers lesquels l’auteur nous présente et nous donne à connaître ses personnages.

Le tout est très réaliste et comme son illustre aîné Samuel BECKETT, le théâtre de l’auteur anglais sert surtout à travers l’absurde de certaines situations, à mettre en lumière les petits détails de la vie, ses contradictions, ses compromissions, ses concupiscences…
Harold PINTER nous propose de passer dans un « autre monde de nous-mêmes ». Ainsi, si « Le Retour » commence comme une pièce de théâtre on ne peut plus banale, - Max est en train de lire le journal -, elle se retrouve bien vite devenir un retournement de tout ce que nous connaissons. Les liens sociaux, matrimoniaux, professionnels, familiaux… Tout est bouleversé en quelques pages, parfois quelques lignes, et devient cet aspect subversif, cet aspect le plus noir que chacun de nous renferme en soi et ne veut absolument pas voir…

Sans doute pas la meilleure pièce d’Harold PINTER et sans doute pas la plus facile d’accès de par sa composition, son thème et sa sophistication… Mais une très bonne introduction au théâtre du grand dramaturge anglais.

Le Retour a été créé à Londres par la Royal Shakespeare Company à l'Aldwych Theatre, en juin 1965, et présenté l'année suivante à Paris, dans une adaptation d'Eric KAHANE, et une mise en scène de Claude RÉGY, En 2000 elle est entrée au répertoire de la Comédie-Française dans une mise en scène de Catherine HIEGEL. En 2012, Luc BONDY a repris cette pièce à l’Odéon-Théâtre de l’Europe dans la présente traduction de Philippe DJIAN.
Une adaptation cinématographique de cette pièce a été réalisée en 1973 sous le titre « Homecoming » par Peter HALL.

Rappelons que Harold PINTER a été le lauréat du Prix Nobel de Littérature 2005.