La danse d'Issam
de Paule Noyart

critiqué par Libris québécis, le 4 janvier 2017
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
La guerre du Liban
Depuis la nuit des temps, on recourt à la guerre pour sauver les civilisations menacées par un ennemi réel ou potentiel. Les populations s'adaptent à la situation, qui fait souvent beaucoup plus mal aux civils qu'aux combattants. Comme Le Docteur Jivago de Boris Pasternak, Wendel, le héros de La Danse d'Issam, apprendra à ses dépens que les hostilités belliqueuses ne visent pas seulement à imposer une vision du monde, mais qu'elles détruisent les liens entre les humains, en particulier celui de l'amour.

Au cours des années 80, l'AFP désigne Wendel comme reporter pour couvrir le conflit qui déchire le Liban. Syriens, chrétiens, druzes, juifs, phalangistes s'entre-tuent pour instaurer leur hégémonie alors que femmes, enfants et vieillards subissent ce qui est convenu d'appeler les dommages collatéraux. Retranchés dans des maisons en ruine, ils mènent malgré tout un semblant d'existence pour se protéger du désespoir. Même ce contexte guerrier n'empêche pas Wendel de marier Leila, une Libanaise.

Paule Noyart a peint une fresque très éloquente des souffrances inhérentes à la belligérance. Elle ne s'est pas contentée de décrire les horreurs commises sur les champs dits d'honneur. Elle a plutôt montré la force morale des Libanais. « Quand on n'est pas mort, on vit. » La population s'est organisée pour que leur quotidien ne se résume pas simplement à l'attente des pilonnages. Mariages, naissances, sépultures, repas, amitiés se sont maintenus. À cause de leur courage, on n'a pu ni les abattre ni empêcher Issam de danser. Chacun à sa manière a porté secours aux martyrs de cette tragédie. Leila dans un cadre hospitalier, et Wendel en venant en aide aux femmes et aux enfants mal pris. Cette démonstration s'appuie sur une solide trame romanesque, qui évite tout glissement vers le discours d'opinion. Les enjeux politiques n'occupent pas le devant de la scène. On y voit plutôt des femmes et des hommes aux prises avec une guerre qui détruit les rapports humains.

Le roman de Paule Noyart ressemble à un recueil de nouvelles. Chaque chapitre raconte un événement qui connaît sa propre chute. L'unité de l'ensemble se maintient grâce à une progression inexorable de l'action vers un dénouement tragique. C'est avec art que l'auteure a construit cette œuvre originale, écrite avec beaucoup de mesure. De manière alerte et limpide, l’auteure reprend le discours de Jean-Jacques Rousseau qui affirmait que « rien ici-bas ne mérite d´être acheté avec du sang humain ».