Les gardiens du Louvre de Jirō Taniguchi

Les gardiens du Louvre de Jirō Taniguchi

Catégorie(s) : Bande dessinée => Divers

Critiqué par Sentinelle, le 12 janvier 2017 (Bruxelles, Inscrite le 6 juillet 2007, 47 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (32 444ème position).
Visites : 397 

Voyage dans les limbes oniriques de l'inconscient

Les différents chapitres de l'album, qui ont pour ambition de nous présenter le Musée du Louvre, s’enchaînent plus au moins maladroitement en nous faisant voyager dans le temps et dans l’espace par un artifice scénaristique fourre-tout et un peu trop commode pour convaincre vraiment : le personnage principal est sous l’emprise d’une fièvre/rêverie/hallucination/divagation (on ne sait pas trop bien au juste), ce qui lui permet de replonger dans le passé du musée en compagnie d’une figure tutélaire, qui n’est rien d’autre que la Victoire de Samothrace.

Se retrouvant « dans les limbes oniriques de son imagination », le narrateur arpente en sa compagnie les couloirs du Louvre, cet « étrange dédale », pour mieux aller à la rencontre de quelques œuvres illustres (La Joconde, La Vénus de Milo), tout en s’octroyant la possibilité de sortir « du cadre » afin de rejoindre quelques artistes. Ce sera la forêt de Camille Corot ou encore le jardin de Daubigny à Auvers-sur-Oise, en compagnie de Vincent van Gogh. Nous ferons ensuite un ultime bond dans le temps et dans l'espace pour rejoindre Paris en 1939, l'année où la majorité des œuvres d'art du Musée du Louvre ont été évacuées pour les préserver de la guerre et du nazisme.

Tout cela est bien plaisant à regarder (les dessins de Jirô Taniguchi sont toujours aussi réussis) mais le lien qui relie les chapitres est si ténu (le fameux FFffuuii pour nous signifier que le narrateur est passé dans une autre dimension/époque/endroit) et la présentation des artistes si convenue qu'il est bien difficile d'être totalement enthousiaste.

Notons malgré tout quelques agréables moments de poésie, quand par exemple Victoire de Samothrace confie au narrateur que chaque œuvre d’art, de l’Antiquité au 19e siècle, serait habitée par un esprit qui continuerait de protéger les lieux.

Ce qui m’a finalement le plus intéressé (bien que malheureusement trop vite survolé à mon goût), ce sont certains liens révélés entre les peintres français et les artistes japonais. Ainsi Camille Corot, qui fut exposé plusieurs fois au Japon et qui était plus reconnu là-bas qu’en France (le courant paysagiste de l’histoire de l’art en Extrême-Orient, désigné sous le terme générique « peinture de montagne et d’eau », est incontournable au Japon). Le jeune écrivain Tokutomi Roka, lui-même paysagiste amateur, lui a d’ailleurs consacré un texte intitulé « Un poète du silence. Le peintre Corot », écrit en 1897 et paru dans son recueil d’essais « La nature et la vie ». Nous découvrons ensuite Asai Chû, un peintre japonais qui deviendra l’un des pionniers du mouvement pictural ouvert sur l’esthétique occidentale. Ce sera l’occasion d’entrevoir l’écrivain Natsume Soseki, qui s’exprimera à son propos lors de la sixième exposition de peinture occidentale du pacifique, et pour laquelle les dernières toiles d’Asai Chû étaient présentées à titre posthume. On appréciera également l’intérêt très vif de Vincent van Gogh pour les arts graphiques japonais, tels que Hiroshige ou Hokusai.

En conclusion, je n’étais pas totalement convaincue au terme de ma lecture de cet album, qui est vraisemblablement une œuvre de commande. Mais à force d’en parler et de le commenter, je suis arrivée à me convaincre moi-même qu’il y avait tout de même de bonnes choses à prendre, même si trop vite survolées. Disons qu'il faut un peu fouiller, revenir en arrière et prendre le temps de relever certains détails pour mieux l'apprécier, quitte à poursuivre ses investigations par la suite (Quelques repères pour aller plus loin par Ilan Nguyên, présentés à la toute fin de l'album, nous y aident d'ailleurs beaucoup). Petite précision qui s’impose : la lecture se fait de droite à gauche, comme pour les mangas.

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Les éditions

  • Les gardiens du Louvre [Texte imprimé] Jirô Taniguchi traduit du japonais par Ilan Nguyên
    de Taniguchi, Jirō
    Futuropolis
    ISBN : 9782754810159 ; EUR 20,00 ; 21/11/2014 ; 136 p. ; Album
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8 étoiles

Critique de Shelton (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 61 ans) - 21 septembre 2017

Il est des collections qui faussent un peu la lecture. En effet, quand on lit un album coédité par Louvres éditions et Futuropolis, on sait par expérience que l’on va être dans une histoire liée de très près au musée du Louvres. Parfois, ce sera écrit avec application mais on n’arrivera pas y croire, parfois ce sera un équilibre beaucoup plus subtil et on reviendra très heureux de l’expérience. Mais, il existe encore un cas particulier avec, entre autres, cet album Les gardiens du Louvres de Jirô Taniguchi. En effet, cette fois-ci, on revient complètement désarçonné du voyage dans le grand musée…

Attention, l’auteur, remarquable maître du manga d’auteur, crée un contexte : le visiteur vient du Japon, tombe malade, est très fiévreux et ne renonce pas à ses trois jours prévus pour découvrir l’un des plus grands musées du monde… Donc, il ne sera pas étonnant de trouver là une visite embrumée par la chaleur du corps, perturbée par la fatigue, fantasmée par l’esprit d’artiste… et j’ai envie de dire que tout est dit ! Ce sera donc pour les uns, une petite merveille, pour d’autre un raté… reste maintenant à vous en dire un peu plus et vous livrer mon avis !

Tout d’abord, le livre est divisé en chapitres qui permettent la visite, enfin, plus exactement le déplacement au cœur du musée. La foule est évoquée, mais très rapidement, le visiteur est perdu, oublié, ailleurs et même en dehors du musée parfois… On est hors du temps, au cœur de l’art, de la création et des liens entre artistes et ce voyage très particulier m’a beaucoup plu. J’ai eu le sentiment de visiter les lieux en compagnie de Taniguchi et de dialoguer avec lui, d’une certaine façon… Cela pourra vous sembler surprenant, mais j’avoue avoir été fasciné, subjugué… et j’ai même parfois entendu sa voix…

Quant au musée, on le reconnait parfaitement, on croise des œuvres et des personnages – artistes ou œuvres – et j’ai trouvé cela naturel, paisible et sympathique… Je sais bien que certains lecteurs ne seront pas du tout du même avis que moi car cela manque de rationalité, d’organisation, d’ordre, de méthode… je sais que certains aiment dans les musées, voir une œuvre et qu’on leur explique tout. Moi, j’aime voir l’œuvre et l’entendre me parler, ouvrir le dialogue avec moi et c’est ce que je fais avec cette bande dessinée qui raconte comme Taniguchi le fait avec le musée du Louvres : je suis donc aux anges !

Alors, il y a des moments d’extase pour le lecteur et aussi, quand même, des moments où l’on apprend quelques petites choses sur les artistes français, leurs liens avec les artistes japonais. On peut alors même redécouvrir Corot…

Voilà, je n’ai pas envie de vous en dire beaucoup plus et je vous souhaite de découvrir la même magie que celle qui m’a enveloppé durant ma lecture… je dois même vous avouer avoir déjà lu trois fois l’album et à chaque fois tout a fonctionné avec des aspects différents. Ce doit être définitivement la preuve qu’il s’agit d’une bonne bande dessinée ou plus exactement d’un livre fait pour moi !

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